“France-Soir” tente une relance de la dernière chance

Mise en ligne le 07 mars 2010

Lire Le Monde du 2/3/10.

Extrait :

Les chiffres ont de quoi surprendre : 20 millions d’euros de budget de communication annoncés, une mise en place de 500 000 exemplaires, une dizaine de journalistes embauchés par ces temps de crise de la presse… La relance de France-Soir, qui devrait avoir lieu vers le 17 mars, entre les deux tours des élections régionales, fait l’effet d’une petite bombe dans le paysage morose de la presse quotidienne nationale.

L’objectif est de créer “un quotidien populaire de qualité”, selon les responsables du journal. Plusieurs personnalités, comme Patrick Poivre d’Arvor ou Laurent Cabrol, devraient y publier des chroniques, a annoncé La Correspondance de la presse du 15 février. Le prix du journal, qui est aujourd’hui de 0,90 euro, devrait baisser à 0,70 euro, affirme la lettre Presse News.

Pour autant, il n’est pas sûr que cette nouvelle formule suffise à sauver le titre, qui vendait seulement 22 722 exemplaires en moyenne en 2009 (diffusion France payée selon l’OJD). Après de nombreuses péripéties et une inexorable chute de ses ventes, l’ex-quotidien de Pierre Lazareff a été racheté en janvier 2009 par Alexandre Pougatchev, fils de l’oligarque russe Sergueï Pougatchev. La transaction a été menée par le chargé d’affaires de celui-ci, le Français David Henderson-Stewart, qui est aussi PDG d’Hédiard, le traiteur de luxe racheté par M. Pougatchev.

Difficile de savoir qui est l’homme fort du journal, qui représente bien peu de chose au sein de l’empire du milliardaire russe, que l’on surnomme “le banquier de Poutine”. Alexandre Pougatchev ? Agé de 25 ans, il n’a aucune expérience des médias. Le directeur de la rédaction, Gilles de Prévaux, ancien de Télé-Loisirs, est en contrat à durée déterminée. La personnalité la plus influente semble être Christiane Vulvert, la directrice générale, déjà en poste sous le précédent propriétaire, l’homme d’affaires Jean-Pierre Brunois.

Plusieurs anciens ayant quitté France-Soir lors des derniers mois soulignent que la direction du quotidien est favorable à l’UMP. En conférence de rédaction, Mme Vulvert met volontiers en avant ses relations à l’Elysée. Cependant, de sources concordantes, le facteur politique n’entre pas en jeu dans la relance du titre. Sollicitée par Le Monde, Mme Vulvert n’a pas souhaité répondre.

Depuis quelque temps, la directrice générale incite plusieurs journalistes de France-Soir à partir en profitant de la clause de cession, qui est toujours ouverte. Parallèlement, Mme Vulvert a embauché de nombreux journalistes, pour la plupart issus du Parisien-Aujourd’hui en France. C’est le cas de Gilles Verdez, nommé directeur adjoint de la rédaction, de Jacques Hennen, ex-rédacteur en chef responsable du service de nuit au Parisien, et de Valérie Urman. Ces journalistes ont en commun d’être des proches de Christian de Villeneuve, ancien directeur du Parisien et du Journal du dimanche. Plusieurs jeunes journalistes du quotidien de Saint-Ouen ont également rejoint France-Soir : Sébastien Catroux, Mathieu Suc ou Brendan Kemmet.

Le pari est risqué. Alexandre Pougatchev a annoncé, lors des voeux au personnel, que si la nouvelle formule ne marchait pas, il en “tirerait les conséquences”. Le budget publicitaire de lancement serait en réalité moins élevé que ce qui a été annoncé : en net, il s’élèverait à 6 millions d’euros, le reste étant surtout constitué d’échanges d’espaces publicitaires….

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