Écologie : l’impact du livre, ou mon iPad est-il écolo ?

Mise en ligne le 28 mars 2011

Lire Actu Litté du 20/3/11 et Livre Hebdo du 19/3/11

Extrait :

Quel est l’impact environnemental du livre ? Que ce soit le livre imprimé ou le livre numérique, les éditeurs tentent de limiter son empreinte écologique.

Ainsi, se sont réunis au Salon du livre Pascal Lenoir (directeur de production de Maynard Vuibert (Albin Michel) et président de la commission environnement du SNE.), Jean-Luc Ferrante (fondateur et directeur des éditions La Plage et membre du collectif des éditeurs écolo-compatibles), Ronald Blunden (Directeur de communication et du comité de développement durable d’Hachette) et Benoît Moreau (responsable environnement Union National de l’Imprimerie et de la Communication)

Etat des lieux :

Pascal Lenoir a d’abord pris la parole, expliquant que le SNE souhaitait mettre en place un étiquetage environnemental qui permettra d’indiquer sur chaque produit (qu’il s’agisse de livres ou de presse magazine) l’impact environnemental. Une expérimentation devrait commencer fin juillet, sur les livres papier, mais aussi sur les livres numériques. Il juge nécessaire de connaître l’impact environnemental d’un ouvrage lu sur iPad ou sur tablette. « il faut pouvoir comparer » dit-il.

De son côté, Jean Luc Ferrante a fondé il y a un an le collectif des éditeurs écolo-compatibles : « Il s’agit d’un regroupement d’entreprises où les questions écologiques sont en permanence à l’esprit, de la conception à la fabrication. » Il regroupe sept maisons : De Terran, Yves Michel, Pour penser à l’endroit, Plume de carotte, Rue de l’échiquier, Salamandre et La Plage. Il s’agit d’ « échanger sur nos pratiques, de discuter. » Au départ, le collectif avaient des pratiques empiriques, il fonctionnait à l’intuition sans se baser sur des études. Mais récemment il a fait appel au SNE pour engager des études rigoureuses afin d’aller plus loin et surtout, de faire passer le message à un grand nombre d’éditeurs.

Engagez-vous !

Ferrante a donc proposé une commission environnementale au SNE, qui a été enthousiaste au point de la mettre très rapidement. Nous parlant de ce succès, il en profite pour faire un appel aux éditeurs du Salon : « Venez nous rejoindre, impliquez-vous sur les questions environnementales, elles sont très importantes aujourd’hui !»

Ronald Blunden explique qu’Hachette a pris le problème d’une façon plus industrielle en lançant des études sur le carbone. Ainsi, en France, l’étude a apporté la conclusion suivante : l’édition (chez les groupes Hachette) engendre 250 mille tonne d’émission de CO² par an. Suite à quoi, Hachette a décidé d’un plan d’action pour faire baisser ce taux à 9%, d’ici à 2012. Il précise que « 71% de nos émissions de CO² sont dues à la fabrication : papier, impression, fret (transport)… »

« C’est différent pour les imprimeurs »

Benoît Moreau raconte que les imprimeurs sont entrés dans le vif du sujet bien avant les éditeurs. Car ils sont un des maillons de la chaîne de la communication. D’un côté, la prise de conscience du problème environnemental s’est aussi faite à travers eux. Depuis le début des années 2000, les entreprises d’impression se sont mobilisées dans la gestion des déchets, des solvants, etc.

« Il a fallut réaménager les ateliers, changer de produits… » Mais toutes les entreprises qui faisaient ces efforts se sont vues donner le statut « d’imprim’vert », en manière d’encouragement. Il ajoute « Les discours moralisateurs ne font pas avancer les choses : la réflexion doit réunir l’ensemble de la chaine éditoriale. »

Et le numérique dans tout ça ?

En interrogeant sur la question, c’est Ronald Blunden, visiblement le plus calé sur le sujet, tente de nous répondre : « On a tout de suite dit que le livre numérique allait régler le problème de la déforestation, que ce serait la solution idéale pour réduire l’empreinte carbone mais il n’en est rien. Pour la bonne et simple raison que le numérique coûte très cher en carbone. »

Pour appuyer ses propos, Blunden nous parle d’une étude qui avait été faite voilà trois ans sur le lecteur Sony de l’époque : « À la fabrication uniquement, il pesait 235kg d’équivalent carbone, tandis que le livre moyen pèse 1, 3 kg. Suite à cela, Apple a fait sa propre estimation de l’iPad à 168kg et selon Amazon, le kindle pèserait 133 kg. » Il ajoute que ces résultats ne concernent que la fabrication et que dans l’objet en lui-même on trouve du plastique, du verre, des métaux rares et des acides. Sans oublier que les serveurs consomment énormément pour stocker les livres et les données. « Il est difficile d’évaluer ces données, mais elles alourdissent considérablement l’impact. »

Se pose aussi le problème de la durée de vie de ces appareils de lecture : à peine un an et demi, selon Blunden, tandis que la durée de vie moyenne d’un livre papier serait de dix ans. Partant de là, l’étude faite sur les lecteurs Sony (il y a trois ans, rappelons le) avait montré qu’il fallait consommer environ 80 livres numériques en 18 mois afin que l’impact écologique égale celui du livre papier.

Globalement, la comparaison n’est pas possible entre papier et numérique car il y a trop de paramètres : l’impact des serveurs, la variété des supports numériques, la durée de vie plus ou moins longue des appareils, l’utilité différente de chacun (ainsi, on peut lire sur un Smartphone ou un ordinateur que l’on aurait acheté de toute manière).

Et, qu’il soit inférieur ou supérieur à celui du papier, que peut-on faire pour limiter l’impact des livres numériques ? La question demeure.

Lire Livre Hebdo du 19/3/11

Extrait :

La toute jeune commission environnement du Syndicat national de l’édition a présenté ses premiers chantiers au Salon du livre de Paris.

Créée en septembre 2010, la commission environnement du Syndicat national de l’édition a présenté, samedi 19 mars au Salon du livre de Paris, plusieurs chantiers de réflexion pour réduire l’impact environnemental de la production et de la distribution de livres imprimés et numériques.

Fin juillet débutera une phase d’expérimentation de l’étiquetage sur l’impact environnemental des livres. « Il nous faut inventer les critères à évaluer, trouver le type d’étiquetage qui convient, travailler avec les imprimeurs, les papetiers…. », explique Pascal Lenoir (Magnard-Vuibert). Le deuxième chantier consistera à répertorier les textes législatifs contraignants en matière environnementale que les éditeurs doivent intégrer.

La commission Environnement a été constituée après un contact entre le regroupement des Editeurs écolo-compatibles, qui rassemble 7 maisons d’édition, et le SNE suite au dernier Salon du livre. « La commission regroupe des gens de bonne volonté qui ont envie d’avancer. Pour l’instant, il s’agit essentiellement de fabricants. J’aimerais que les chefs de maison s’impliquent sur ces questions, lance Jean-Luc Ferrante, des éditions La Plage. Il faut faire savoir que notre industrie n’est pas extrêmement polluante et que nous avons décidé de travailler pour faire en sorte que notre production soit plus vertueuse sur le plan environnemental. »


« Réduire de 9% ce bilan à périmètre constant d’ici 2012 »

Directeur de la communication d’Hachette Livre, Ronald Blunden, a mis en place au sein du groupe un plan d’action après un bilan carbone réalisé en 2008. Objectif : « réduire de 9% ce bilan à périmètre constant d’ici 2012. » A partir du printemps, la centrale de fabrication d’Hachette Livre pourra proposer aux éditeurs qui en feront la demande des devis réalisés à travers le prisme écologique, en plus des devis habituels. «Il appartiendra à l’éditeur qui est souverain de décider ce qu’il va en faire. On aura fait un pas énorme en matière de pédagogie » , souligne Ronald Blunden. D’ici 2012, la part de papier recyclé dans la production devra être de 10 ou 12 %, et celle du papier certifié de 80 %.

Cependant, comment arbitrer entre des critères environnementaux et des critères d’ordre économique, lorsque l’on sait que produire écologique revient plus cher ? Pour Pascal Lenoir, « il ne faut pas opposer économie et environnement. Essayer d’agir le moins possible de façon néfaste, c’est aussi des coûts en moins », affirme-t-il. Pour Benoît Moreau, de l’Union nationale de l’imprimerie et de la communication (Unic), « l’intérêt est de créer des relations différentes avec nos clients, autour de notions de cohérence, de partage de valeur, pour s’inscrire dans des relations de long terme. »

Share/Save

2 Commentaires pour cet article

  1. varecy :

    inscription à la newsletter

  2. varecy :

    pour s’inscrire à la newsletter

Notre mission

La CCFI a pour mission de fédérer tous les acteurs de l'Industries Graphiques et assurer une veille technologique nécessaire à la maitrise de nos métiers et process d'aujourd'hui et de préparer ceux de demain.

Subscribe to Newsletter