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Distribution de la presse : vers une mutualisation des coûts entre messageries ?

Mise en ligne le 29 décembre 2011

Lire : Les Echos du 23 décembre

Le Conseil supérieur a voté ce matin une résolution visant à faire partager par les MLP les coûts de distribution des quotidiens, aujourd’hui supportés seulement par Presstalis. Une résolution qui prévoit aussi le gel des transferts de titres entre messageries pendant 9 mois.

Il y a urgence, et la situation est grave pour la distribution de la presse : tel est en substance le message délivré ce matin par le Conseil Supérieur des Messageries de la Presse (CSMP) lors de son assemblée, pour justifier la présentation -et le vote-d’une résolution tout bonnement explosive. Il s’agit de répartir sur l’ensemble des éditeurs les coûts structurels de distribution des quotidiens : en d’autres termes, de faire supporter par les MLP (Messageries Lyonnaises de Presse), messagerie concurrente du principal opérateur Presstalis (ex-NMPP), une part des coûts de distribution des quotidiens. Autre mesure, non moins lourde en conséquences, votée ce matin à l’intérieur de cette résolution : geler tout transfert de titres entre messageries jusqu’au 30 septembre 2012. Et ce, alors que plusieurs éditeurs, comme Le Pointont Mondadori France, ont déjà annoncé leur intention de quitter Presstalis au profit des MLP. Les dents grincent, autant chez les éditeurs qu’aux MLP.

Une situation financière très difficile

Le président du CSMP, Jean-Pierre Roger, explique ces mesures par la situation financière très difficile de Presstalis. « J’ai été alerté ces derniers jours par le président du SPQN, ainsi que par la mandataire ad hoc, sur le danger lié à un départ massif d’éditeurs de Presstalis pour les MLP : on m’a évoqué le départ potentiel de 160 millions d’euros de chiffre d’affaires (sur un total de 2,1 milliards d’euros), qui pouvaient aussi créer un exemple pour d’autres . Or selon la nouvelle loi de régulation du système de juillet 2011, le CSMP et la nouvelle autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP) sont garants du respect des principes de solidarité coopérative et des équilibres économiques du système collectif. J’ai donc estimé de mon devoir de proposer cette résolution », indique-t-il aux « Echos ». En deux mots, il s’agit d’éviter que l’ensemble du système s’effondre, et que la presse ne puisse plus être distribuée en France.

Instaurer une péréquation entre coopératives

Jusqu’à présent, le système est fondé sur la mutualisation des coûts, mais au sein de chacune des deux messageries (elles-mêmes détenues par des coopératives d’éditeurs). Or les lourdes pertes que subit l’opérateur historique, Presstalis, sont notamment liées aux coûts de distribution des quotidiens, plus élevés que ceux des magazines. Question d’organisation (travail de nuit, tournées plus nombreuses), mais aussi d’avantages accordés aux ouvriers du livre, pour des raisons historiques liées notamment aux conditions de travail. Un surcoût non supporté par les MLP, qui ne distribuent que des magazines (23 % du marché en France), ce qui leur permet de proposer aux éditeurs des conditions financières plus attractives. « Mais si on admet que les quotidiens structurent l’ensemble du système, en créant des tournées de distribution ou en faisant entrer les acheteurs dans les magasins de presse, il est aussi normal que l’ensemble du système supporte les coûts de leur distribution », poursuit Jean-Pierre Roger, qui veut donc lancer une investigation sur ces coûts, et se donne neuf mois pour mettre en place un système de péréquation plus équitable. « Une période pendant laquelle les transferts seraient gelés : il s’agit d’une mesure d’urgence, temporaire, le temps que la concurrence soit rétablie dans un environnement assaini », dit-il.

Un vote favorable à 13 voix sur 20

La résolution a été adoptée à une majorité de 13 voix sur 20 (4 abstentions et 3 refus de participer au vote). Sont membres de l’assemblée du CSMP  : 9 représentants des éditeurs ou des syndicats d’éditeurs, 3 représentants des coopératives qui détiennent les deux messageries, les directeurs des deux messageries, 4 représentants des dépôts de presse et des diffuseurs, et 2 représentants du personnel. Jean-Pierre Roger (lui même éditeur, vice-président du syndicat de la presse magazine) va maintenant saisir l’ARDP, qui doit rendre la résolution exécutoire dans un délai de 6 semaines.

Les MLP se déclarent prêtes à distribuer les quotidiens

Si côté Presstalis on ne fait pour l’heure aucun commentaire, côté MLP on se déclare serein. « Cette résolution nous semble illégale, autant sur le plan de la forme que du fond. De la forme, car l’ordre du jour a été modifié 12 heures à peine avant l’assemblée. Du fond, car elle nous semble contradictoire avec les dispositions contractuelles entre éditeurs et messageries, ainsi qu’avec l’article 1 de la loi Bichet qui garantit le respect de la concurrence », déclare un porte-parole de la messagerie, qui annonce par ailleurs que les MLP sont prêtes à distribuer les quotidiens, si on le leur demande. « Il est faux de dire qu’il n’y a pas d’alternative à Presstalis en cas de défaillance », poursuit le porte-parole. En l’occurrence, les quotidiens ont étudié cet automne un scénario d’une distribution par la presse quotidienne régionale : ils ont conclu que c’était techniquement faisable, mais se sont engagés, lors du dernier conseil d’administration de Presstalis, à rester dans le système.

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