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Le bilan en demi-teinte des quotidiens qui ont basculé au « tout-numérique »

Mise en ligne le 22 décembre 2011

Lire : Les Echos du 22 décembre

Parmi les exemples connus de quotidiens ayant basculé sur Internet, les seuls à enregistrer une réelle amélioration de leur compte d’exploitation sont ceux qui ont maintenu un support papier.

Le basculement au « tout numérique » peut-il être rentable pour un quotidien ? Alors que « France Soir » vient d’effectuer le grand saut, alors que plusieurs des repreneurs potentiels de « La Tribune » envisagent de ne plus exploiter la marque que sur Internet, la question est plus que jamais d’actualité en France. Mais la réponse semble bel et bien négative, en tout cas pour le moment : difficile en effet de trouver des cas de quotidiens, dans le monde, ayant franchi l’obstacle avec succès. Aucun des consultants ou spécialistes de la presse interrogés n’a pu trouver d’exemples probants, notamment aux Etats-Unis où la presse, précipitée dans la crise plus vite qu’ailleurs, a sans doute été pionnière en la matière.

Outre-Atlantique, plusieurs des quotidiens locaux ayant opté début 2009 pour le « tout numérique » ont même tout bonnement disparu depuis. «  C’est le cas du “Tucson Citizen” ou du “Rocky Mountain News” », indique Juan Senor, associé chez Innovation Media Consulting. Le premier est devenu un recueil de blogs, le second a fermé ses portes. Le « Seattle Post Intelligencer », qui a basculé début 2009, existe toujours. Sa rédaction a été drastiquement réduite, passant de 160 personnes à une vingtaine aujourd’hui. En version papier, il se vendait à plus de 100.000 exemplaires par jour, mais perdait 14 millions de dollars par an. En version Web, il revendique aujourd’hui une audience de 4 millions de lecteurs mensuels. Mais sa maison mère (le groupe Hearst) refuse de communiquer ses résultats : pas sûr que ce soit bon signe… «  En réalité, un journal ne peut pas survivre sur le Web sans faire du bon journalisme - beaucoup de journaux sont morts non pas en raison de leur mode de diffusion, mais par manque d’investissement dans le journalisme », commente Juan Senor.

Les seules expériences réussies (ou en tout cas moins ratées) de bascule sur le Web sont celles où l’éditeur a maintenu un support papier. Car, même avec une audience grimpant en flèche, les sites d’information ont du mal à se financer par la publicité, compte tenu de la faiblesse des tarifs sur le Web par rapport à ceux des éditions papier.

Garder un pied dans le papier

L’exemple du « Christian Science Monitor » est emblématique. Ce quotidien basé à Boston, à vocation nationale (40.000 abonnés payants avant 2009), a supprimé son édition papier quotidienne en mars 2009, tout en conservant un magazine hebdomadaire. Deux ans et demi plus tard, le titre a nettement réduit ses pertes, les ramenant de 20 millions de dollars annuels avant 2009, à 13,3 millions l’an dernier et 10 millions prévus cette année. Et ce, essentiellement grâce à son magazine, qui a séduit 75.000 abonnés - et plus d’annonceurs que prévu. La perte des revenus liée à l’abandon du quotidien papier a certes été plus que compensée par les économies substantielles générées (impression, distribution, réduction du nombre de journalistes de 95 à 80). Mais «  les recettes publicitaires sur Internet n’ont pas été à la hauteur de nos espérances. », avouait John Yemma, son directeur, il y a environ un an (« Les Echos » du 15 octobre 2010). L’audience du site a pourtant été multipliée par cinq, à près de 10 millions de visiteurs uniques par mois.

Autre exemple, plus proche de nous, celui de l’Agefi. Ce quotidien français destiné aux professionnels de la finance a basculé sur le Web avant les autres, en 2005. Il publie aujourd’hui un site, un quotidien sur le Web, ainsi que deux hebdomadaires papier. Selon ses dirigeants, son résultat d’exploitation comme son résultat net seront positifs en 2011, pour un chiffre d’affaires de 12,3 millions d’euros. Mais 35 % seulement de ses revenus viennent d’Internet. La publicité sur le print, notamment, représente encore plus de 30 % du chiffre d’affaires total de la société.

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