Lire : Les Echos du 31 janvier
Le groupe a vu son chiffre d’affaires baisser de 4,2 % l’an dernier, sous l’effet notamment de la baisse des ventes de son navire amiral, le quotidien sportif « L’Equipe ». Il espère inverser la tendance cette année.
Toute l’énergie des dirigeants de L’Equipe est tendue vers l’audition qu’ils passeront le 5 mars prochain, devant le CSA, pour obtenir une fréquence de TNT gratuite. En se lançant dans la télévision gratuite, le groupe tout entier retrouverait une nouvelle dynamique, avoue François Morinière, son directeur général. Car pour l’éditeur de « L’Equipe », « L’Equipe Mag », ou encore « France Football », 2011 a été une année difficile. Le chiffre d’affaires a baissé de 4,2 %, à 238 millions d’euros. Les comptes 2011 ne sont pas bouclés, mais il y a de fortes chances pour qu’il repasse dans le rouge, alors que L’Equipe avait renoué avec les bénéfices en 2010.
Désamour des Français pour le football après les déconvenues de l’équipe de France lors de la Coupe du monde, absence de grands événements l’an dernier comme lors de toute année « impaire », décalage horaire défavorable pour les rencontres de l’année, de rugby ou d’athlétisme : autant de facteurs ayant détourné les Français de leur quotidien sportif favori. Les ventes de « L’Equipe » ont baissé de 5 % en 2011, selon François Morinière. Au dernier OJD (juillet 2010-juin 2011), la diffusion France payée est tombée sous la barre des 300.000 exemplaires, à 290.791. La diffusion individuelle payée (hors ventes groupées aux compagnies aériennes ou hôtels) a même baissé de 12,5 % sur la période. « Nous avons aussi pâti de l’actualité chargée qui a profité aux journaux généralistes : les lecteurs achètent de moins en moins deux quotidiens », estime François Morinière.
Cannibalisation numérique ?
Autre explication avancée, une cannibalisation croissante avec le numérique. « En 2011, notre trafic mobile a été multiplié par deux, et le nombre de pages vues sur notre site a augmenté de 16 % », indique François Morinière. Le site lequipe.fr séduit environ 5 millions de visiteurs uniques mensuels, comme l’an dernier. Une nouvelle version vient d’être lancée, « plus épurée, plus esthétique », sous la houlette du directeur de la rédaction du quotidien, Fabrice Jouhaud, qui dirige aussi celle du site depuis un an. Mais le succès du numérique, qui reste basé sur un modèle essentiellement publicitaire, ne suffit pas à compenser le déclin du papier. Celui-ci représente toujours 85 % du chiffre d’affaires du groupe - ce dernier misait il y a un an sur 80 % pour 2011.
La publicité, qui pèse un tiers des revenus du groupe, est restée stable sur l’ensemble de l’année. Le supplément « Sport & Style », passé mensuel en mars 2011, a vu ses recettes grimper de 50 %, mais elles ne représentent que quelques millions d’euros. « Notre enjeu est désormais de monétiser l’audience sur mobile », avance François Morinière. Les ventes sur tablette, qui, elles, sont payantes, représentent entre 2.000 et 3.000 exemplaires chaque jour. C’est encore peu significatif.
Le groupe subit aussi la crise de « France Football », dont les ventes ont fortement baissé (- 10 % l’an dernier), malgré le couplage des ventes avec « L’Equipe » depuis l’été, le mardi et le vendredi. Le titre a, selon François Morinière, perdu 6 millions d’euros en trois ans. Le rédacteur en chef a été remercié et remplacé la semaine dernière par le numéro deux de « L’Equipe », Gérard Ejnes, tandis que Fabrice Jouhaud a vu son rôle de directeur de la rédaction étendu au bihebdomadaire. « Nous devons trouver un nouvel élan éditorial », insiste François Morinière, qui espère que l’Euro, puis les jeux Olympiques, inverseront la tendance des ventes pour le groupe.
Mais il mise donc aussi largement sur la télévision. L’Equipe TV, chaîne aujourd’hui payante qui emploie 60 salariés, représente 6 % du chiffre d’affaires du groupe, avec un budget de 13 millions d’euros. Obtenir une fréquence sur la TNT lui permettrait de changer de dimension, avec un budget de 30 millions d’euros. Tout le pari sera alors de la rentabiliser.

