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Du livre au web : l’usage du livre électronique diminue-t-il ?

Mise en ligne le 20 juillet 2013

Lire : Blog Le Monde du 4 juillet

L’homothétie (« c’est-à-dire reproduisant à l’identique l’information contenue dans le livre imprimé, tout en admettant certains enrichissements comme un moteur de recherche interne, par exemple ») et le skeuomorphisme des liseuses (le skeumorphisme est « un élément de design dont la forme n’est pas directement liée à la fonction, mais qui reproduit de manière ornementale un élément qui était nécessaire dans l’objet d’origine », par exemple le fait de tourner les pages d’un livre électronique sur une liseuse ou une tablette) nous a fait croire, qu’en passant du papier à l’électronique, nous pourrions conserver la page du livre. Cette technostalgie n’aura eu qu’un temps. Avec le passage des pages des liseuses à l’écran des tablettes, les lecteurs sont bel et bien en train de passer de la page à l’écran. Ce n’est pas qu’une question de support ou de technologie, comme l’expliquait Nicholas Carr, mais bien un changement de dispositif qui va avoir d’importantes conséquences dans la manière dont on pense et produit du livre au format électronique. L’ebook à l’heure des tablettes ne ressemblera pas à l’ebook à l’heure des liseuses. Comme le soulignait encore Nicholas Carr, si les lecteurs de livres continuent à passer de la page à l’écran, comme le suggère une récente étude du Pew Internet, « les textes des livres finiront par être affichés dans un cadre radicalement différent de celui de la page imprimée ».

Et la remise en question provient avant tout du premier logiciel de lecture sur tablette, l’iBooks d’Apple, qui, depuis octobre 2012 et sa version 3.0, introduit le scrolling, c’est-à-dire qu’il permet de transformer le livre dont on tournait les pages, singeant là nos livres papiers, en un long rouleau de texte. Nous repassons du codex au volumen, de la page de livre à celle du navigateur. Nous nous détournons du son de la page qui se tourne pour revenir aux ascenseurs silencieux de la page web. Nous quittons la référence au papier pour revenir à celle du web.

L’usage du livre électronique diminue-t-il ?

Le problème des livres enfermés dans des applications de lecture et d’achat comme l’iBooks d’Apple, c’est qu’ils ne s’adressent qu’aux lecteurs de livres. Le risque d’enfermer les livres uniquement dans des conteneurs dédiés est de laisser sur le côté ceux qui ne lisent pas. Ceux qui ne lisent pas n’iront pas se perdre dans l’iBookstore d’Apple. Ils liront peut-être d’autres choses en ligne, mais n’arriveront jamais jusqu’aux livres.

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On le voit bien d’ailleurs, quand Flurry étudie le temps passé sur smartphone ou tablette : sur les 2h38 qu’un utilisateur moyen passe sur son smartphone ou sa tablette, il passe 80% de son temps dans des applications et 20% à naviguer, et dans ce temps consacré aux applications, la lecture de livre a disparu des radars. Quand on regarde l’usage des tablettes et smartphone, la lecture (de livre) occupe une part toujours plus faible des usages à mesure que le nombre d’utilisateurs augmente.

Quand on observe la fréquence d’usage des applications de lecture par semaine et dans la durée, on se rend compte qu’entre 2009 et 2012, l’usage des applications de lecture s’est effondré. En 2009, on utilisait des applications de lecture très fréquemment chaque semaine, mais sur une durée assez courte (le temps de lire le livre), en 2012, la fréquence d’accès à une application de lecture est tombée et la durée de lecture s’est allongée. Les livres électroniques ne sont plus dans les usages intensifs sur une période de temps limitée, mais sont entrés dans la catégorie des usages occasionnels.

Alors certes, la vente de livres booste les résultats des ventes de contenus d’Apple, en grande partie parce que les livres sont les contenus les plus chers (par rapport aux applications, à la musique et même par rapport aux films), reste que la croissance générale n’en a pas moins ralenti comme l’explique Nicholas Carr en rapportant les chiffres de l’association des éditeurs américains.

Certes, le livre électronique commence enfin à apparaître dans le chiffre d’affaire moyen par utilisateur d’un compte iTunes, explique Horace Dediu dans ses estimations. Ce chiffre d’affaires moyen s’établit autour de 40$ par utilisateur, alors qu’il était à plus de 100$ en 2007. Mais dans le même temps, le nombre de possesseurs d’un compte iTunes a plus que doublé, pour atteindre les quelque 500 millions de comptes. Et si l’on en croit les graphes de Dediu (à prendre avec modération), la part du livre par rapport aux autres produits d’iTunes ne progresse pas. La vidéo non plus. La musique régresse, les logiciels aussi, alors que les applications se taillent la part du lion.

Dans un autre billet, datant de mars, Horace Dediu montre la part des revenus d’iTunes par média qui nous renvoie une autre image du marché, en montrant une part du livre électronique assez stable depuis la fin 2010.

Il est toujours difficile d’interpréter tous ces chiffres, provenant de sources multiples, quand les grands acteurs de la vente de livres électroniques ne cherchent pas à être diserts. Il semble néanmoins clair qu’à mesure que les tablettes et smartphones se généralisent, le nombre total de livres électroniques vendus progresse, mécaniquement. Mais il n’est pas sûr, quand on y regarde de près que la lecture progresse réellement, dans les usages. Bien au contraire.

On comprendra alors qu’éditeurs comme auteurs commencent à envisager sérieusement à exploiter d’autres canaux de diffusion, comme le web. Le livre électronique ne se suffira pas à lui-même. Le moment e-book n’est pas clos, mais on sent qu’il est déjà en train de tourner.

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