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Amazon favorise les vendeurs d’occasion et sème la panique dans l’édition

Mise en ligne le 14 mai 2017

Lire Actualitté du 10/5/17

Extrait

Dans sa quête du prix toujours le plus bas, Amazon vient de franchir un cap. Depuis deux mois, la plateforme américaine a modifié sa politique de vente. Désormais, tout vendeur proposant la meilleure offre (prix et état d’usage) se trouve mis en avant. Éditeurs et auteurs s’étranglent…

Le principe est simple : auparavant, la vente de livres chez Amazon s’opérait en fonction de l’offre officielle, celle de l’éditeur. Mais en novembre 2016, la firme signalait qu’elle changerait cette approche, et depuis mars, c’est en cours.

 

Concrètement, que se passe-t-il ? Simple, le bouton Ajouter au panier/Achat en 1 clic est désormais modifié. Il ne propose pas d’acheter la version vendue par l’éditeur, mais l’offre la plus avantageuse, tarifairement parlant. Autrement dit, des livres d’occasion proposés par des vendeurs tiers.

 

Et depuis quelques jours fleurissent sur la toile des articles clamant qu’Amazon détruit la valeur des livres, la chaîne du livre elle-même et favorise les revendeurs. Ce modèle de suggestion tarifaire préférentiel est dénoncé avec véhémence, assurant que c’est la mort des éditeurs indépendants que programme l’entreprise.

 

L’Authors Guild est montée au créneau, « profondément perturbée » par cette Buy Box où sont privilégiés les livres d’occasion. « Dans un mouvement qui risque de réduire encore davantage les bénéfices de l’industrie de l’édition, Amazon n’ajoutera bientôt plus automatiquement dans la Buy Box les exemplaires qu’Amazon distribue au nom de l’éditeur », insiste l’AG.

 

C’est que la vente d’occasion avait toujours servi les intérêts de la firme, sans pour autant être si manifestement visible. Le Syndicat national de l’édition, celui de la librairie et les associations d’auteur en France étaient déjà partis en guerre. Depuis des années, les livres présentés « Comme neuf » concurrençaient déloyalement la vente de livres véritablement neufs – autrement dit, l’occasion contre l’offre de l’éditeur…

 

Sauf que chez Amazon, jusqu’à présent, ces offres d’occasion ne bénéficiaient que d’une surface d’exposition restreinte. Les ouvrages issus des éditeurs restaient encore prioritaires. Or, le changement opéré dans la Buy Box bouleverse quelque peu les esprits. « Ce que cela signifie, c’est que ces vendeurs d’occasion – qui proposent souvent des remises extrêmement bas – pourront se prétendre vendeurs véritables, puisqu’ils pourront surclasser l’offre des éditeurs, à la faveur des algorithmes », note l’AG.

 

Et si Amazon assure qu’une enquête est menée, permettant de mesurer les effets de cette approche, nul doute ne subsiste : le projet est bien celui de la meilleure suggestion pour le client. Le produit le moins cher possible. Quand la première option d’achat est celle d’un livre d’occasion bien moins cher, difficile d’envisager que les clients se forceront à payer plus.

 

L’algorithme mis en cause prendrait en compte différents facteurs, comme la disponibilité, le temps de livraison, le prix, et l’attractivité du livre. Et par ce biais, décide de quel revendeur sera mis en avant dans la Buy Box. Et la nouvelle politique d’Amazon mettra en concurrence les vendeurs, à travers cette méthode de calcul. On comprend que les éditeurs ne figureront jamais parmi les élus.

 

Les grands formats dans le viseur

Pour l’heure, le principe est encore loin d’être démocratisé. The Digital Reader avait repéré le cas de Second Wind, de Cami Ostman. Mais que l’on se réjouisse : les livres qui ne sont pas encore sortis en librairie n’ont pas encore le plaisir de se retrouver ainsi remisés.

 

ActuaLitté a cependant pu constater que d’autres titres étaient proposés avec cette option : Every Dead Thing de John Connolly, avec souvent le vendeur Meadowland Media mis en avant. Mais en fouillant, on déniche ici ou là des grands formats de Salman Rushdie, Jo Nesbo ou encore James Patterson et John Grisham. De jeunes auteurs en devenir…

 

Cependant, Amazon se défend mollement : « Les récentes modifications permettent aux vendeurs de livres d’être “l’offre vedette” sur une fiche produit de livre, ce qui signifie que notre librairie fonctionne maintenant comme le reste d’Amazon, où les vendeurs tiers rivalisent avec Amazon pour la vente de nouveaux articles. » (via PP)

 

L’Authors Guild conclut : « Amazon a déjà fait suffisamment de dégâts dans l’industrie du livre. Il l’a dévaluée en imposant un prix et les attentes des consommateurs pour les ebooks et les grands formats sont artificiellement basses. […] Sans un marché de l’édition honnête et ouvert, les éditeurs perdront bientôt la capacité d’investir dans les livres qui font progresser notre connaissance et notre culture. »

 

Dont acte.

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