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Dans les ateliers Babouot, le relieur de la Pléiade

Mise en ligne le 06 août 2017

Lire : La Croix du 3 août

Librairies, bibliothèques, refuges insolites… Les livres peuvent rendre magiques n’importe quel lieu, pourvu que lecteurs, passeurs et passionnés s’y rencontrent.

 

Bonne nouvelle : les bibliophiles ont leur paradis. Mauvaise nouvelle : le grand public ne le visite pas. De prime abord, rien ne distingue ce lieu d’exception. Les ateliers Babouot se trouvent dans la zone d’activité de Lagny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. Ce vaste hangar ressemble aux cubes voisins, mais il contient des merveilles. Imaginez des étagères où Saint-Exupéry voisine avec Molière, Tchekhov avec Homère, Luther avec Aragon, ­Madame de Staël avec Kundera, sur les 3 700 m2 d’une aire de stockage. Le papier imprimé d’environ 600 titres doit toujours rester disponible afin de pouvoir produire chaque année 300 000 exemplaires de la Pléiade, surnommée la rolls-royce de la littérature, après dix-sept familles d’opérations dans les 3 000 m2 de l’atelier. En 1931, Jacques Schiffrin crée la « Bibliothèque reliée de la Pléiade », inaugurée par les œuvres complètes de Baudelaire. Appareil critique important, couverture souple pleine peau, dorure à l’or fin, papier bible de 36 grammes, impression en caractère Garamond corps 9, tout est déjà en place. En septembre 1933, la collection qui compte douze titres rejoint la maison Gallimard et c’est dès lors Babouot qui prend en charge la fabrication.

 

Sillonner les ateliers pour retracer les étapes de ce processus est un parcours fascinant. L’imprimeur livre de grands blocs de papier déjà imprimés. Lors de la refente, le papier est découpé et tout le superflu ôté, avant la pliure afin de constituer les cahiers réunis lors de l’assemblage. À ce stade, ceux qui ne doivent pas être reliés sur le champ sont stockés, ce qui permet au papier d’avoir le taux d’humidité idéal. De machine en machine, chacune surveillée de près par des techniciens rigoureux, les cahiers sont cousus, collés et colorés sur la tranche.

 

En parallèle, dans l’atelier du cuir où flotte une odeur marquée, la peau est découpée et montée. Fabriquer 300 000 volumes signifie sacrifier chaque année 45 000 moutons de Nouvelle-Zélande. Avec le cuir, la couleur fait une séduisante irruption selon des codes précis : vert antique pour l’Antiquité, violet pour le Moyen Âge, corinthe pour le XVIe siècle, rouge vénitien pour le XVIIe siècle, bleu pour le XVIIIe siècle, vert émeraude pour le XIXe siècle, havane pour le XXe siècle. Le titre, l’auteur et le décor sont frappés à chaud à la feuille d’or 23 carats. Après cette identification, couverture et corps de l’ouvrage sont montés ensemble. Au livre relié, il ne reste qu’à ajouter le signet, le rhodoïd qui protège le cuir des traces de doigts, et l’étui. Les tables couvertes de piles d’exemplaires de la Pléiade avec leurs étuis blancs et leurs dos de couleur représentent à l’évidence l’une des vues les plus réjouissantes des ateliers Babouot.

 

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