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Xavier Niel et Matthieu Pigasse reprennent les parts de Pierre Bergé dans Le Monde

Mise en ligne le 11 septembre 2017

Lire Le Figaro du 9/9/17 page 28

Extrait

Pierre Bergé était actionnaire du Monde et de l’Obs aux côtés de Xavier Niel et Matthieu Pigasse. Ces derniers promettent «de défendre l’indépendance de chacun des titres.»

«Avec Pierre Bergé, le Monde perd un actionnaire qui l’a sauvé de la disparition en lui consacrant une part de sa fortune sans espoir de retour.» Le directeur du quotidien, Jérôme Fenoglio, a rendu hommage ce vendredi matin à celui qui était l’un des principaux actionnaires du groupe Le Monde et président de son conseil de surveillance. Passionné de presse, Pierre Bergé rêvait, adolescent, d’être journaliste. Il a accompli cet objectif en étant mécène des médias, avec la cofondation de Courrier International en 1990 et du magazine gay Têtu en 1995. L’homme d’affaires avait soutenu financièrement le mensuel militant durant plus de 20 ans, avant de le céder en 2013 pour un euro symbolique.

Mais Pierre Bergé est surtout connu pour être, aux côtés de Xavier Niel et de Matthieu Pigasse, le propriétaire du groupe Le Monde et du groupe Le Nouvel Observateur, via la holding Le Monde Libre. «Mon professeur de philosophie me disait que je devais absolument avoir le bac pour être journaliste. Je n’ai pas eu le bac, mais j’ai acheté Le Monde», s’amusait-il en 2016 dans l’émission de France 3 «Le Divan».

Avec la disparition de l’homme d’affaires, le fameux trio «BNP» (Bergé, Niel, Pigasse) n’est plus. Désormais, Xavier Niel et Matthieu Pigasse seront les seuls propriétaires du Monde et de l’Obs, respectant ainsi la volonté de Pierre Bergé. Les deux hommes «se sont engagés, à la demande Pierre Bergé, à reprendre ensemble et chacun pour moitié les parts qu’il détenait au sein du Monde Libre», indiquent les actionnaires dans un communiqué. Ils «sont et resteront à parité au sein du capital du Groupe Le Monde, avec le même nombre de parts et de droits de vote.» «Ensemble, ils veilleront à prolonger l’élan initié par Pierre Bergé en 2010, au moment où de grave difficultés économiques et plusieurs années de pertes menaçaient l’existence même des titres du groupe. Sept ans plus tard, les investissements du Monde Libre et la mobilisation et l’exigence de toutes les équipes du groupe ont permis son redressement.»

Plus de 110 millions d’euros investis

L’arrivée du trio Bergé-Niel-Pigasse à la tête du Monde, fin 2010, a été un tournant dans l’histoire du journal, jusqu’alors contrôlé par ses journalistes. Selon l’accord signé à l’époque, la holding Le Monde Libre, composée à 80% du trio BNP et de 20% du groupe média espagnol Prisa, détient 65% du capital du groupe Le Monde. Pierre Bergé avait dans le même temps versé 11 millions d’euros au Pôle d’indépendance du Monde afin que ce dernier possède une minorité de blocage. Le pacte d’actionnaires prévoyait une stricte indépendance éditoriale des rédactions.

Entre fin 2010 et courant 2016, le trio d’actionnaires a injecté plus de 110 millions d’euros dans le groupe de presse écrite. Pour lui permettre de continuer d’investir sans que le Pôle d’indépendance ne perde sa minorité de blocage, un nouvel accord a été signé en janvier 2017. Ce dernier grave dans le marbre les droits du pôle (approbation du directeur du journal, blocage de l’arrivée d’un nouvel actionnaire…), qu’importe sa part au capital. Le remodelage du Monde Libre n’a donc aucun impact sur les pouvoirs de la société des rédacteurs.

En 2014, le trio BNP avait également racheté le groupe Le Nouvel Obs auprès de Claude Perdriel. Les deux groupes médias doivent emménager dans un nouveau siège commun, à proximité de la gare d’Austerlitz (Paris 13). La construction du bâtiment devrait se terminer en 2019.

Des relations pas toujours faciles

Les relations entre Pierre Bergé et la rédaction du Monde n’ont pas été un long fleuve tranquille. «Autant il respectait la limite qui protège la rédaction, autant il ne souffrait aucune borne dans sa liberté d’expression», écrit Jérôme Fenoglio. Utilisateur régulier de Twitter, Pierre Bergé n’hésitait pas à critiquer vertement certains articles du quotidien. «Le Monde est ridicule aux yeux du monde entier. Il y a huit jours il descendait le livre de Patrick Modiano. Aujourd’hui, Modiano reçoit le prix Nobel de littérature», tweetait-il en octobre 2014, avant d’insulter quelques semaines plus tard un des journalistes du supplément Le Monde des Livres. Pierre Bergé s’était aussi ému publiquement en 2015 de la publication de l’enquête autour des Swissleaks. «Est-ce le rôle d’un journal de jeter en pâture le nom des gens? (…) Ce n’est pas pour ça que je suis venu au secours du Monde», affirmait-il au micro de RTL. La société des rédacteurs avait dénoncé une «intrusion dans le contenu éditorial au mépris du pacte d’indépendance qu’il avait cosigné en 2010».

Dès 2011, Pierre Bergé avait protesté en interne contre un article du quotidien sur François Mitterrand, qualifié «d’immonde, à charge, digne d’un brûlot». «Je regrette de m’être embarqué dans cette aventure. Payer sans avoir de pouvoirs est une drôle de formule à laquelle j’aurais dû réfléchir», écrivait-il au directeur d’alors du quotidien, Erik Izraelewicz. Mais les colères de Pierre Bergé ne sont jamais allées au delà du mouvement d’humeur. «Ces reproches n’ont jamais fait dévier la rédaction de sa mission d’informer sans entrave», écrit Jérôme Fenoglio.

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