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Les Français sont-ils des bras cassés sur le marché européen du travail ?

Mise en ligne le 08 octobre 2017

Lire Le Figaro du 2/10/17 page 28

Extrait

Les classements de l’OCDE dénoncent un réel déficit de compétences.

La maladresse était trop grossière pour qu’elle ne fût pas réparée sur-le-champ. Le Medef a immédiatement retiré son slogan, «Si l’école faisait son travail, j’aurais un travail», comme l’en avait prié Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale. «Un slogan malvenu», a reconnu Pierre Gattaz, le président de l’organisation patronale qui mène une campagne sur le thème «Éduquer mieux, former toujours».

Il est certes totalement contre-productif d’insulter les enseignants dans un pays où les professionnels de l’entreprise et ceux de l’éducation se regardent en chiens de faïence. Reste la triste vérité: «Pour le niveau de formation initiale des actifs, comme pour les compétences des adultes au travail, la France se situe loin derrière la Pologne», écrit par exemple Jean Pisani-Ferry, le chef d’orchestre du programme d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, qui vient de rendre au premier ministre un rapport sur «Le grand plan d’investissement 2018-2022 ». L’emblématique «plombier polonais» est donc non seulement bon marché, mais il se détache par son talent et il nous taille des croupières sur le marché européen de l’emploi.

Jean Pisani-Ferry démontre très facilement que nos malheurs – le chômage, l’hypertrophie des dépenses publiques et des impôts, l’obésité incontrôlable des prestations sociales et en dernier ressort la morosité endémique du pays – découlent tous d’un «déficit de compétences».

C’est parce qu’ils apparaissent comme des «bras cassés» que les Français sont collectivement si peu prospères

Ce manque est manifeste si l’on considère qu’en France le taux d’emploi – la proportion des gens qui travaillent, notion bien plus pertinente que le taux de chômage – est d’à peine plus de 50% pour les non-bacheliers, mais de 85% pour les diplômés du supérieur. Avec pour conséquence directe que 27% des entreprises françaises interrogées par l’Insee en mai 2017 citaient comme frein à l’embauche la rareté de la main-d’œuvre compétente. «Alors même que le taux de chômage demeure très élevé, ce facteur est, avec l’incertitude sur la situation économique, le premier des obstacles à l’emploi – loin devant le coût du travail ou les risques juridiques associés au licenciement», juge Pisani-Ferry. Et dans la foulée, il estime que «si notre taux d’emploi était égal à celui de nos meilleurs partenaires, le revenu par tête serait de 15 % supérieur (à ce qu’il est aujourd’hui)».

Ne chipotons pas sur les chiffres pour nier le phénomène: c’est parce qu’ils apparaissent comme des «bras cassés» que les Français sont collectivement si peu prospères. Et tout le reste se dévide comme une pelote de laine. Les rigidités statutaires, le rôle obsessionnel du smic, les assistances de toutes sortes comme les APL hypermédiatisées: voilà autant de béquilles pour secourir les naufragés français de la compétition mondiale et européenne qu’incarne le «plombier polonais».

La réforme cruciale de la formation professionnelle

Il faut rendre hommage à l’OCDE, non seulement pour ses enquêtes Pisa (Programme for International Student Assessment) comparant les performances des élèves de 15 ans, mais aussi pour ses évaluations de la compétence des adultes. Le Piaac (Programme for the International Assessment of Adult Competencies), pour être moins connu que Pisa, n’en mérite pas moins l’attention. Le classement trisannuel de Pisa publié en 2016 plaçait la France en 26e position, ce qui est fort médiocre pour un pays qui se prétend la cinquième puissance économique mondiale. Or la situation est bien pire pour les adultes de l’Hexagone, qui arrivent parmi les tout derniers dans le classement Piaac de 2017.

Entre la médiocrité des performances des collégiens français de Pisa et le bonnet d’âne des adultes de l’étude Piaac, faut-il incriminer le peu d’appétence de nos compatriotes pour les études scientifiques et techniques? Ces filières attirent à peine 19,6% des étudiants en France, contre 40,7% en Allemagne, selon une étude de Natixis. Les faiblesses françaises s’observent sur toute la ligne. En bas de l’échelle, «près d’un tiers des adultes (31 %) souffrent d’un manque de compétences en numératie et/ou littératie, soit cinq points de plus que la moyenne de l’OCDE (26 %)», souligne le Piaac. Quant à l’élite française, ce n’est guère mieux comparé aux autres: «Le premier quart des adultes les plus performants affichent des résultats en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE», selon le même rapport.

Il est criminel qu’un secteur aussi vital pour la santé économique du pays et le bonheur de sa population soit un tel foyer de corruption

L’OCDE établit une relation de cause à effet entre la médiocrité de nos capacités «cognitives» (intellectuelles) et les contre-performances économiques. Le lien est direct à l’ère de la mondialisation, quand 29 % de la demande de nos secteurs marchands (industrie et services) émanent de l’étranger. «Depuis les années 2000, la France a relativement peu augmenté sa participation dans les chaînes de valeur mondiales, se classant légèrement en dessous du dernier quart des pays de l’OCDE. Les compétences de sa population ne paraissent pas suffisamment correspondre à celles exigées par les secteurs technologiquement avancés», insiste l’OCDE. La messe est dite. Voilà la source de nos déboires en tout genre, chômage, déficits commerciaux et publics, détresse sociale de l’assistanat.

Voilà également pourquoi la réforme de la formation professionnelle continue s’annonce si cruciale. Le chantier débutera courant octobre en parallèle à celui de l’assurance-chômage. Tout a été dit sur ce qui est à la fois un mammouth et un millefeuille : la formation professionnelle draine 32 milliards d’euros par an, les deux tiers du budget de l’enseignement scolaire, et elle fait intervenir pas moins de 58.000 organismes publics et privés (seulement 4000 en Allemagne). La Cour des comptes, dans son rapport 2017, en a de nouveau dénoncé les multiples «fraudes». Il est criminel qu’un secteur aussi vital pour la santé économique du pays et le bonheur de sa population soit un tel foyer de corruption. Dans les travaux d’Hercule qu’Emmanuel Macron a entrepris, ce sera le nettoyage des écuries d’Augias.

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