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Drahi doit restaurer la confiance des marchés

Mise en ligne le 12 novembre 2017

Lire Le Figaro du 11/11/17 page 27

Extrait

Face à la tempête boursière, l’homme d’affaires reprend la direction du groupe pour renouer avec la croissance.

C’est la déception de trop pour Altice. Depuis le 3 novembre, lendemain de la publication d’un résultat trimestriel une nouvelle fois décevant, le groupe se trouve confronté à une violente réaction des marchés financiers. Ceux-là même qui ont jusqu’à présent suivi aveuglément Patrick Drahi dans sa conquête de la planète télécoms commencent à perdre confiance.

En l’espace de seulement trois ans, l’homme d’affaires a réussi à bâtir un empire de télécoms et de médias en rachetant SFR, Portugal Telecom, deux câblo-opérateurs américains – Suddenlink et Cablevison -, Libération , L’Express , NextRadioTV, puis les droits du foot anglais, ceux de la Champions League, puis Teads… Enthousiastes, les investisseurs lui ont avancé sans barguigner 51 milliards d’euros, persuadés que, de cet ensemble hétéroclite, allait naître l’un des géants de demain. Encore fallait-il prouver que le groupe était capable de se solidifier pour absorber une telle dette. Or, trimestre après trimestre, les résultats se font attendre et les investisseurs ont perdu patience.

– Crédits photo : infographie/le figaro

Face à la tempête boursière qui a détruit un tiers de la valeur d’Altice en une semaine, Patrick Drahi s’est résolu à remonter en première ligne. Lui qui a toujours préféré rester dans l’ombre revient dans la lumière en prenant la présidence du conseil d’administration. Dans la foulée, il a entièrement réorganisé son management. Son ami Michel Combes, à qui il avait confié la gestion opérationnelle du groupe, est sacrifié. Alain Weill, qui a développé BFMTV, prend la tête des opérations françaises, SFR y compris. Armando Pereira, vieux complice de Patrick Drahi, prend en main les opérations télécoms à travers le monde. Ces changements brutaux n’ont pas empêché la chute du titre vendredi. Depuis le mois de juin, la capitalisation boursière d’Altice a été divisée par deux, pour retomber à 16,5 milliards. La filiale américaine Altice US, cotée depuis fin juin, connaît un sort similaire. La dette du groupe, elle, pèse toujours aussi lourd, à 51 milliards d’euros.

Avec ce coup de tonnerre, c’est la méthode Patrick Drahi qui est désormais remise en question. Elle consiste en premier lieu à détecter les bonnes opérations dans son secteur, un exercice pour lequel l’homme d’affaires n’a pas son pareil. Il a ainsi réussi à consolider le câble en France avec Numericable, avant de racheter SFR en 2014, Portugal Telecom, deux cablô-opérateurs américains, tout en développant ses activités en Israël. L’homme d’affaires est aussi réputé pour mener à bien la deuxième phase de son modèle: celle de la réduction drastique des coûts, quitte parfois à «oublier» de régler les factures de ses fournisseurs. Chez SFR, il a fait partir les top managers les mieux payés et a réduit les effectifs de 15.000 à 10.000 salariés.

C’est aujourd’hui la troisième phase du scénario qui est problématique. Et c’est sans doute ce qui explique le mouvement de défiance des investisseurs. Patrick Drahi avait promis qu’il augmenterait le chiffre d’affaires et les marges des sociétés rachetées, notamment chez SFR. Un point crucial pour assurer le remboursement de ses gigantesques emprunts, sachant que l’opérateur de télécoms porte 15 des 51 milliards de dette du groupe. Cet été, SFR a donc commencé à dérouler une stratégie de hausse de prix en relevant de 1 à 3 euros la plupart des forfaits, soit pour des contenus supplémentaires (SFR Presse), soit pour une enveloppe de données en 4G beaucoup plus généreuse. Mais les clients ne l’ont pas entendu de cette oreille et ont continué à déserter le groupe, certes un peu moins massivement qu’au début.

L’épineux dossier fibre

Dans le fixe, le tableau n’est guère plus rose. Or ce point est absolument fondamental dans la galaxie Drahi. Lorsqu’il a racheté SFR, il expliquait que les clients ADSL allaient migrer sur le réseau câble ou fibre détenu en propre par l’opérateur. Ce qui, selon Michel Combes, lui ferait économiser les 800 millions d’euros annuels reversés à Orange pour l’utilisation de son réseau. «Un montant clairement surévalué», affirme Stéphane Richard, le PDG d’Orange. Or, Michel Combes s’est basé sur ce montant pour expliquer comment SFR allait financer son plan fibre, après l’annonce par Patrick Drahi de son intention de fibrer seul 100 % de la France cet été. Peut-être est-ce la goutte qui a fait déborder le vase. En effet, SFR a beau affirmer qu’il détient 10,4 millions de prises très haut débit (ce qui inclut le câble), il lui faudrait encore relier au bas mot 15 millions de foyers… soit un investissement d’une quinzaine de milliards d’euros au minimum, en retenant les standards de l’industrie. Pour sa défense, Altice explique que son coût de déploiement d’une prise est bien inférieur à la moyenne de ses concurrents, sans jamais le chiffrer. «Ce type d’incertitude sur le montant d’un plan fibre rend nerveux les marchés», notre Vincent Maulay, analyste chez Oddo Securities.

«Ce type d’incertitude sur le montant d’un plan fibre rend nerveux les marchés»

Vincent Maulay, analyste chez Oddo Securities

Une grande incertitude apparaît sur la capacité d’Altice et de SFR à augmenter le chiffre d’affaires et, par ricochet, à faire face aux intérêts de la dette. Celle-ci est «libellée à 85 % à taux fixe et sans échéance majeure avant 2023», fait valoir le groupe. Si dans l’immédiat, les montages financiers de Patrick Drahi tiennent, ses ambitions de nouvelles acquisitions vont devoir être mises en veilleuse. À cela s’ajoutent les interrogations sur les réels besoins en investissements du groupe et sa capacité à les assumer.

Enfin, Altice est confronté à un réel problème en termes de management. Les patrons ne se bousculent pas pour venir y travailler. À la fin de l’été, Michel Paulin, le patron de SFR, a jeté l’éponge, «pour des raisons personnelles», mais des désaccords avec les orientations stratégiques ont été souvent évoqués. Cette fois, Michel Combes, pourtant ami de quinze ans de Drahi, quitte le navire. La vieille garde monte au créneau. Dexter Goei, Jérémie Bonnin, Dennis Okhuijsen et dans une moindre mesure Alain Weill sont tous des anciens dans le groupe. Sans compter Armando Pereira qui devient directeur des opérations télécoms du groupe Altice, en cumulant la même fonction chez SFR. Patrick Drahi a abattu ses dernières cartes. La nouvelle direction doit impérativement redresser la barre.

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