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Le Livre Jeunesse vit sa première crise depuis dix ans

Mise en ligne le 03 décembre 2017

Lire : Les Echos du 30 novembre

 

Dynamique, innovant, copié à l’étranger, le Salon du livre jeunesse de Montreuil s’est hissé au rang d’événement culturel incontournable. Mais cette année, la crise du marché du livre jette une ombre sur la manifestation.

 

« C’est la première fois que l’on n’a pas de visibilité sur l’année. Le Salon de Montreuil va être un test grandeur nature pour voir si la consommation repart », juge Christophe Tranchant, directeur général de Milan Jeunesse.

 

Et de fait, mercredi, alors que le 33ème Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) de Montreuil, deuxième manifestation littéraire derrière le Salon du Livre, ouvrait ses portes, s’apprêtant à accueillir 175.000 visiteurs, 450 exposants et 150 auteurs, les éditeurs et les auteurs étaient sur les dents.

Premier exportateur

 

Après un millésime 2015 euphorique marqué par une croissance de 1,8 % de son chiffre d’affaires, suivi d’une année 2016 médiocre (-1 % en valeur), 2017 s’annonce en effet comme une année douloureuse et acrobatique pour le marché du livre.

 

Et même s’il peut se targuer en 2016 d’une part de marché de 13,4 % pour un chiffre d’affaires de 364 millions d’euros en hausse de 5,2 %, le livre jeunesse a peu de chance de sortir de cette crise sans égratignure.

 

« Le secteur jeunesse, bien qu’il s’érode d’année en année, de façon très légère et continue, a été habitué à tirer le marché de l’édition, avec la BD et le Poche. Mais nous avons subi cette année le choc d’un arrêt soudain des ventes juste après Noël et des retours massifs et inattendus en janvier », constate Christophe Tranchant.

Difficultés

 

Pour la première fois depuis dix ans, la littérature jeunesse se retrouve donc en difficulté. « Entre 2015 et 2016, les chiffres avaient été particulièrement bons grâce à la mise sur le marché des franchises livres de « La Reine des Neiges », « Violetta » et « Chica Vampiro », suivies de « Harry Potter et l’enfant maudit, dont le « carton », l’an dernier, est largement responsable des chiffres de baisse constatés à présent », reprend Cécile Térouanne.

 

Mais le vent a tourné. Les chiffres publiés par « Livres Hebdo »/Gfk pour la période novembre 2016/octobre 2017, font état d’un marché du livre pour la jeunesse évalué à 107,1 millions d’euros, en chute de 6,2 % avec 7,5 millions d’exemplaires vendus, soit une baisse en volume de 4,2 %, sur un an. Si les fêtes de fin d’année qui, classiquement, « constituent 25 à 27 % des ventes de l’année pour l’édition jeunesse ne permettent pas d’inverser la tendance, les choses risquent d’être compliquées », conclut Vincent Monadé, au CNL.

Séduire la « geek generation »

 

Le livre jeunesse reste pourtant le deuxième segment de l’édition derrière la littérature générale. A ce titre, il figure comme l’éternel premier de la classe, dynamique, innovant et performant dans tous les domaines. L’exportation d’abord, où il est leader, avec 3.770 titres jeunesse cédés à des éditeurs étrangers en 2016 (soit 31 % du total des cessions).

 

Et le numérique ensuite, où les éditeurs mettent les bouchées double pour séduire la « geek generation », recherchant de plus en plus leurs auteurs sur la Toile. Et allant d’emblée vers les prescripteurs les plus populaires comme les « booktubeuses » Nine Gorman, Bulledop… « qui ont leur blog, leur propre chaîne Youtube et une communauté déjà importante derrière elle », énumère Sylvie Vassallo, directrice du Salon depuis 2001.

 

Mais quoi de plus logique ? « Leurs recommandations ont plus de poids, auprès des jeunes, qu’un grand article dans « Télérama », « Le Monde » ou « Le Figaro », reconnaît, pragmatique, Cécile Térouanne, directrice d’Hachette Romans, qui a acheté les droits du roman « Mirror, Mirror » du top model Cara Delevingne – revendiquant 40 millions de followers sur Instagram- et qui, en juin, a signé un partenariat « avec la plateforme Wattpad pour repérer les nouvelles voix et les nouvelles tendances. »

 

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