Categories | Revue de presse

Le retour en force de Microsoft

Mise en ligne le 11 juin 2018

Lire Le Figaro du 7/6/18 page 20

Extrait

Sous l’impulsion de son PDG Satya Nadella, ce vétéran de l’informatique redevient l’un des plus puissants groupes technologiques.

Il s’agirait presque d’un retour aux sources. En 1975, Bill Gates et Paul Allen fondaient Microsoft. Leur but était de vendre une plateforme capable d’exécuter des programmes informatiques sur des ordinateurs personnels. En 2018, 43 ans plus tard, leur entreprise rachète GitHub, une plateforme qui permet aux développeurs informatiques de coder des logiciels en ligne. Rien n’a changé, sauf que tout a changé.

Entre-temps, Microsoft a connu et accompagné les hauts et les bas de l’industrie de l’informatique. Il a imposé sa domination sur nos ordinateurs: près de 90 % des PC dans le monde embarquent encore aujourd’hui son système d’exploitation Windows. Il a vendu ses logiciels aux entreprises du monde entier. Mais Microsoft a aussi échoué à prendre la mesure des révolutions qui ont fini par transformer les nouvelles technologies. Le développement d’Internet. L’explosion des smartphones. Le déclin, inexorable, des PC, qu’il a subi de plein fouet. Comment continuer à grossir grâce à la vente de licences Windows et de logiciels, quand les ordinateurs sont de moins en moins utilisés et qu’on ne parvient pas à s’imposer sur le marché du mobile?

Entre les années 2000, date du départ de Bill Gates à la tête de Microsoft, et 2010, la valorisation boursière de l’entreprise a été divisée par trois. En France, lorsqu’on parle des géants des nouvelles technologies, on évoque les «Gafa »: Google, Apple, Facebook, Amazon. On oublie généralement le M.

Depuis quatre ans, un homme œuvre pourtant à transformer Microsoft, et prépare son avenir. Satya Nadella a été nommé PDG de l’entreprise en 2014. Il est seulement la troisième personne à occuper cette position après Steve Ballmer, à qui Bill Gates avait passé la main en 2000. On se souvient du second PDG de Microsoft pour son enthousiasme communicatif – il n’était pas rare qu’il se mette à hurler et à sauter sur scène lors d’événements officiels – mais aussi d’une série de mauvaises décisions qui ont enfoncé un peu plus Microsoft dans la crise. La plus spectaculaire fut le rachat, pour 5,4 milliards d’euros, des activités mobiles du finlandais Nokia, en 2013. À l’époque, Satya Nadella, alors vice-président du groupe, exprime son désaccord. L’avenir lui donnera raison.

«Microsoft doit tout reprendre de zéro»

Satya Nadella dans sa lettre de présentation aux employés en 2014

Un an plus tard, en février 2014, c’est lui qui devient le nouveau PDG de Microsoft. Le choix ne convainc pas forcément. Il n’a pas la légitimité historique de Bill Gates, ni la fougue de Steve Ballmer. Mais Satya Nadella a quelque chose de mieux encore: c’est un ingénieur. Âgé alors de 46 ans, dont 22 passés chez Microsoft, il quitte son poste de vice-président de la division cloud de Microsoft.

Cette dernière est dédiée aux activités d’informatique dématérialisée. Hébergement de données pour les entreprises, logiciels accessibles sur Internet, intelligence artificielle… Pour Satya Nadella, il s’agit de l’avenir de l’entreprise. «Pour saisir nos nouvelles opportunités, nous devons réimaginer ce que nous faisions par le passé, l’adapter à un monde de cloud et de mobile, et faire de nouvelles choses, prévient-il d’emblée dans sa lettre de présentation aux employés. Microsoft doit tout reprendre de zéro.»

Stratégie d’ouverture

La transition ne se fait pas en douceur. Entre 2014 et 2017, Microsoft supprime plus de 33 000 emplois dans le monde. Une grande partie d’entre eux proviennent de Nokia. Ce rachat, conclu avant l’arrivée de Satya Nadella, le force à passer une charge de 7,5 milliards de dollars dans les comptes de Microsoft en 2015. Il n’hésite pourtant pas à investir 26 milliards de dollars dans le rachat du réseau social professionnel LinkedIn. L’acquisition, annoncée en 2016, est la plus chère jamais réalisée par l’entreprise.

Satya Nadella ose sortir Microsoft de sa zone de confort. Il met en place des systèmes d’abonnement à ses services, en plus de vendre des licences à l’unité. Windows 10, la dernière version du système d’exploitation, a même été donnée gratuitement à ses utilisateurs pendant un an. La suite bureautique Office 365 est désormais disponible sur Android, iOS ou macOS, les systèmes d’exploitation développés par des entreprises concurrentes, Google et Apple. Il en va de même pour ses programmes d’intelligence artificielle ou ses outils dédiés aux expériences en réalité augmentée ou virtuelle, disponibles sur de nombreux appareils et plateformes. Derrière les annonces, une révolution se dessine. Windows n’est plus la priorité. C’est tout l’écosystème de Microsoft, de plus en plus riche, qui doit coexister avec les autres…

Share

Les commentaires sont fermés

Notre mission

La CCFI a pour mission de fédérer tous les acteurs de l'Industries Graphiques et assurer une veille technologique nécessaire à la maitrise de nos métiers et process d'aujourd'hui et de préparer ceux de demain.