Categories | Numérique, Revue de presse

Les parents au défi des écrans

Mise en ligne le 24 juin 2018

Lire Le Figaro du 20/6/18 page 2

Extrait

Mairies ou entreprises constatent le besoin croissant d’information des adultes. Face à cette demande, conférences et formations se multiplient.

Les parents ne parlent que de ça. À la sortie des écoles, dans les dîners, en entreprise et de plus en plus, dans des formations, la question des enfants et des écrans est devenue une de leurs principales préoccupations. «Quelle est la durée d’écrans à respecter le week-end pour mes enfants?»«Comment favoriser la prise de conscience de la sphère intime auprès des adolescents?» «Le harcèlement est-il plus présent à cause des écrans?» Etc. Un vendredi soir de juin, à Roissy-en-France, les questions d’une petite centaine de parents s’enchaînent lors d’une séance de sensibilisation organisée par cette petite ville du Val-d’Oise. C’est un fait divers «consternant» qui a poussé la mairie à organiser cette réunion.

À la rentrée, des vidéos à caractère porno mettant en scène une collégienne ont circulé dans une classe de 3e. En primaire, ce sont des enfants âgés de 9 à 11 ans qui ont eu accès à du porno sur smartphone. Ils se sont ensuite filmés en train de reproduire certaines de ces scènes et les ont montrées à leurs camarades. «Nous sommes effarés car ces enfants ne posent pas de problèmes par ailleurs. Heureusement, nous nous sommes rendu compte de ces agissements grâce à la vigilance de notre Observatoire de la réussite scolaire. J’ai jugé qu’il était de mon rôle d’avertir les parents de la commune et de les sensibiliser à ces nouveaux enjeux grâce à cette conférence», indique André Toulouse, le maire de Roissy-en-France.

» LIRE AUSSI – Jeux vidéo, écrans: l’inquiétant hold-up de l’attention

«Tout interdire ne sert à rien mais il faut vous intéresser à ce que font vos enfants sur les réseaux sociaux. Votre parole de parents compte pour eux, explique Thomas Rohmer, le président de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN), venu répondre aux interrogations des parents de la commune. Les adultes pensent que l’univers numérique de leurs enfants leur échappe. Ils se mettent des barrières technologiques qui empêchent le dialogue. Pas besoin de savoir comment fonctionne Snapchat pour en parler et se mettre d’accord sur des règles.» La question de l’exposition des mineurs à la pornographie est loin d’être le seul thème sur lequel l’association intervient.

«Enjeu majeur d’éducation»

Comment devenir un parent 2.0? Ce casse-tête éducatif englobe des sujets aussi variés que la socialisation des adolescents sur les réseaux sociaux, le partage de données personnelles, le cyberharcèlement, les codes de la séduction en ligne, les jeux vidéo, la santé. «Beaucoup de parents sont aussi très inquiets à cause des messages récents sur la surexposition des tout-petits aux écrans, ajoute Thomas Rohmer. Nous leur expliquons bien que les écrans ne sont pas à l’origine de l’autisme. Diaboliser l’outil, c’est prendre le risque de les déresponsabiliser.»

«Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de la nécessité de travailler avec les familles.»

Olivier Gérard

Face à cette demande croissante de soutien des parents, conférences et formations se multiplient tandis que les livres de conseils envahissent les librairies. «Les écrans sont devenus un enjeu majeur d’éducation», constate Olivier Gérard, responsable des médias et usages numériques de l’Unaf (Union nationale des associations familiales).

La gestion des écrans arrive en tête des besoins d’aide des parents, devant le suivi de la scolarité, dans une enquête de l’UNAF menée auprès de 22 735 allocataires CAF, parents d’enfants de 6 à 12 ans. «Jusqu’à présent, les politiques publiques abordaient surtout la question de l’accompagnement au numérique par le biais de l’école plutôt qu’en s’adressant aux parents, poursuit Olivier Gérard. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de la nécessité de travailler avec les familles.» Un enjeu qui vient d’être inscrit noir sur blanc dans la nouvelle stratégie nationale de soutien à la parentalité pour 2018-2022 de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS).

«Les écrans ont modifié les liens familiaux, souligne également Laëtitia Vipard, responsable du pôle Famille enfance et jeunesse de la CNAF (Caisse nationale des allocations familiales). Nous organisons de plus en plus d’actions préventives auprès des parents et notamment de parents de jeunes enfants pour qu’ils s’emparent du sujet avant l’adolescence, où les habitudes sont déjà installées.» Dans les entreprises aussi, le sujet commence à émerger. «Nous avons décidé d’organiser une conférence avec l’OPEN pour inviter les parents salariés à s’en saisir», explique Ingrid Bertina-Leguay, en charge de la diversité/parentalité chez Engie GBS (l’ex-GDF Suez).

» LIRE AUSSI – Quelques conseils simples pour se désintoxiquer de son smartphone

Sur sa pause déjeuner, Anne, une maman au bord de la crise de nerfs, est venue piocher des idées pour limiter la consommation de jeux vidéo de son fils de 13 ans. «Il passe des heures sur Fortnite (un jeu de survie en ligne qui compte des millions d’adeptes, NDLR). Il ne veut plus partir en week-end sans sa console de jeux. Son frère aîné, lui, passe son temps à zapper entre Snapchat, les vidéos et les jeux. Parfois je me mets à hurler parce que je ne supporte plus de voir ça à la maison», décrit-elle.

Élodie, une autre salariée, explique que ses enfants, âgés de 5 et 7 ans, utilisaient la tablette dès l’âge de deux ans. «Comme nous sommes tout le temps dessus, ils ont eu très tôt l’envie d’y toucher. J’ai dû poser des règles à mon fils quand j’ai vu qu’il était prêt à fouiller toute la maison pour la trouver, raconte-t-elle. Maintenant, je cherche à me préparer pour l’étape suivante, celle de l’adolescence.»

Share

Les commentaires sont fermés

Notre mission

La CCFI a pour mission de fédérer tous les acteurs de l'Industries Graphiques et assurer une veille technologique nécessaire à la maitrise de nos métiers et process d'aujourd'hui et de préparer ceux de demain.

Subscribe to Newsletter