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Dernier tour de rotative à l’imprimerie de « L’Alsace »

Mise en ligne le 01 juillet 2018

Lire : L’Alsace du 24 juin

Imprimeurs un jour, imprimeurs toujours

Cinq anciens rotativistes de « L’Alsace » témoignent du demi-siècle d’imprimerie dont ils ont été les acteurs à Mulhouse.

Marinoni, Man, Gazette et Tribune de Creusot-Loire puis Wifag… Trois quarts de siècle de l’imprimerie de L’Alsace tiennent en ses cinq noms propres. Dans la grande famille des rotativistes alsaciens, ils ne sont plus si nombreux à les avoir toutes côtoyées. Roland Hartmann et Richard Schneider sont de ceux-là. Jean-Claude Renger, Julien Bindler et Marcel Briden sont arrivés plus tard. Plusieurs d’entre eux seront là, encore, ce soir, pour un dernier tour des rotatives qu’ils vivent comme « un déchirement ». « Une page d’histoire se tourne. Des restructurations, on en a connu, mais toujours sans licenciement. Jamais je n’aurais pensé que cela fermerait » , note Roland. « Ça me rappelle l’époque où les puits Anna et Fernand ont fermé. Du jour au lendemain, tu perds l’outil de travail que tu as côtoyé depuis 35 ans » , souligne Richard tandis que Jean-Claude a repris le chemin de L’Alsace avec « l’impression d’aller à un enterrement ». Julien, lui, dit l’avoir « vu venir ». « Quand on a reçu la Wifag, on était au top. Puis la rénovation du centre d’impression des «DNA» a fait qu’ils sont passés devant nous… »

« On savait quand on commençait, jamais quand on allait finir »

 

Ces cinq rotativistes ont connu les années fastes de la presse en général et de L’Alsace en particulier, celles d’une diffusion montant à 120 000 exemplaires en 1982, dont 30 000 pour les cinq à sept éditions bilingues. « Je suis entré à «L’Alsace» en 1972, à l’achat de la Man. Mais on a continué à imprimer sur la Marinoni, place du Marché, car le démarrage de la Man a été difficile » , se souvient Richard Schneider qui ajoute : « Il est arrivé qu’en pleine nuit, on déménage 5 tonnes de plaques de plomb pour assurer l’impression sur la Marinoni. C’était le temps de la composition chaude, avec un four contenant du plomb en fusion. À l’époque, il n’y avait pas la climatisation et place du Marché, les locaux étaient très exigus. Et à la sortie de la rotative, un collègue empoignait les tas de journaux. Rien n’était automatisé » , ajoute Roland. « Le principe du fini/quitte, consistant à partir une fois que le journal était imprimé, faisait que chacun y mettait du sien, déjà pour que le journal soit à l’heure mais aussi pour l’intérêt de tous » , souligne Jean-Claude, lequel a fini chef de l’atelier roto.

Bénis par le pape Jean-Paul II

 

Jean-Claude, Richard, Marcel et Roland ont suivi la même formation, à savoir quatre années d’apprentissage aux Arts graphiques chez DMC. « La première chose qu’on nous demandait, c’était d’être bon en français et en maths. Et pour intégrer les métiers graphiques, il y avait un examen supplémentaire, alors que c’était l’équivalent du CAP », racontent les anciens.

 

Tous évoquent les imprimeurs comme « les membres d’une grande famille unie et avant-gardiste ». « Depuis Gutenberg, les imprimeurs et compositeurs ont été les premiers informés puisque c’est eux qui diffusaient l’information », rappelle Richard. Jean-Claude parle même de « confrérie ». Et Julien, mécanicien avant d’être imprimeur, de raconter comment « le directeur, M. Zimmermann, en cravate et chemise blanche, donnait un coup de main lorsqu’il y avait urgence ».

 

Tous ont été membres de la Filpac-CGT, syndicat du livre ayant le monopole d’embauche. « Quand le sifflet retentissait dans l’atelier, on allait tous écouter le délégué syndical. La roto était un bastion fort. En arrivant aux Arts graphiques chez DMC, on visitait le site, on rencontrait le directeur et aussitôt après, nous étions reçus par le responsable du syndicat qui nous faisait adhérer. Cela empêchait le patronat d’embaucher des personnels non qualifiés » , estiment les anciens. « Dans les années cinquante, les imprimeurs étaient parmi les cinq professions les mieux rémunérées en France », rappelle encore Richard. Et Roland de se souvenir du mouvement de grève organisé pour une revalorisation salariale lors de la venue du pape Jean-Paul II au stade l’Ill. « Tous les rotativistes ont été bénis. »

 

Tous ces anciens n’ont gardé que des bons souvenirs d’une « ambiance amicale, presque fraternelle ». « On a toujours trouvé une solution aux problèmes » , résument-ils, égrenant les noms des visiteurs du soir qui, des ministres aux présidents de région, des spationautes comme Claudie Haigneré aux rois de l’auto nommés Ari Vatanen ou Jean Todt, leur ont fait l’honneur de venir voir un outil de travail qu’ils ont aimé plus que tout. Leur vie a beau désormais s’écrire loin des rotos, Jean-Claude, Richard, Marcel, Roland et Julien n’ont jamais adopté la vie des couche-tôt. Ils n’ont pas non plus oublié ces petits matins passés à table, autour d’un bon repas, une fois que la rotative avait craché ses derniers exemplaires. Une époque révolue.

 

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