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L’imparable supériorité technologique du livre papier

Mise en ligne le 02 juillet 2018

Lire : Le Vif du 28 juin

 

Chicago. 28 janvier 2046. Une foule compacte de jeunes de la génération bêta se presse devant le MBOC (Michelle & Barack Obama Center), superbe bâtiment à la forme d’une colombe. Ils répondent à l’invitation du jeune startupperqui monte, Mark Gutenberg, dont la légende veut que sa mère ait choisi le prénom en hommage à celui qui est devenu président des Etats-Unis après avoir fait fortune avec un réseau appelé Facebook.

 

Le secret le plus absolu a été tenu sur l’objet de cette keynote intitulée #FreeYourself. Tout juste Mark Gutenberg a-t-il laissé entendre qu’il s’agissait d’un produit très disruptif et que les participants vivraient un moment expérientiel unique capable de libérer leur vie à jamais. Cette conférence ne sera d’ailleurs pas retransmise sur les réseaux. De même qu’il a été instamment demandé aux invités de se présenter sans leurs lunettes ou lentilles de contact VR, ni leur iPhone 28 ou Galaxy SX54. Toutes les puces sous-cutanées sont soigneusement désactivées à l’entrée. Chacun trouve sur son siège un petit paquet cadeau avec la mention Do not open.

 

Arrive alors sur scène, dans un effet de halo, le jeune Mark Gutenberg. Sans prompteur. Derrière lui, pas d’hologramme ni d’écran géant, juste un grand rideau de velours pourpre. Comme tous les participants, il tient un cadeau. Il le déballe et demande à la salle de faire de même :  » Et voilà l’objet « . Dans la salle, tous le scrutent sous tous les angles. Chacun en possède un différent avec une couverture aux couleurs chatoyantes et des titres divers. En l’ouvrant, ils découvrent des feuilles de papier fixées à une tranche et un texte comme ceux qui défilent dans leurs lunettes de réalité virtuelle ou ceux que leur débitent leurs robots.

 

Il fonctionne sans batterie, sans connexion et bénéficie d’une autonomie illimitée. Nul besoin de le recharger, ni de le réinitialiser.

 

 » Il fonctionne sans batterie, continue Mark Gutenberg, sans connexion et bénéficie d’une autonomie illimitée. Nul besoin de le recharger, ni de le réinitialiser. Parfaitement nomade, vous pouvez l’emporter partout avec vous à la plage ou même sur une île déserte.  » Tous l’ouvrent et plongent leur nez au coeur des pages.  » Vous sentez ? Il dégage un parfum. C’est aussi un bel objet de décoration, original. Vous pouvez en changer tous les jours et le collectionner sur des étagères.  » A ce moment-là, le rideau pourpre s’entrouvre dévoilant un impressionnante façade avec des tranches multicolores. Un murmure s’élève de la salle.  » Ça claque, n’est-ce pas ? Bien mieux qu’un écran, tout en étant parfaitement personnalisable. Il existe des milliers de façon de créer le vôtre.  »

 

Mark Gutenberg esquisse un petit sourire.  » Mais maintenant passons aux prouesses techniques du produit, ajoute-t-il. Il n’envoie aucun rayon et le texte ne défile pas, permettant donc de reposer vos yeux. Cela vous procure un bien meilleur sommeil, vous permettant d’être bien plus efficace que vos collègues qui ont bingewatché Disneyflix toute la nuit. Mais il y a plus. Notre service R&D, épaulé par des scientifiques, a établi que l’objet apportait de ce fait 1/ une bien meilleure mémorisation que les produits numériques ( spatial memory) ; 2/ les conditions propices à une lecture profonde ( deep reading) à la place de votre robot ; 3/ une sensation unique de connexion émotionnelle ( emotionnal connection) et 4/ une réduction des effets perturbateurs des activités multitâches ( multitasking).  »

 

Soudain, il brandit l’objet vers le ciel.  » Et puis, il vous permet de reprendre votre liberté. Pas de mouchard qui analyse vos lectures dans un centre de données pour vous enfermer dans un algorithme. Vous pouvez décider enfin librement de vos lectures. Vous êtes libre aussi d’en faire ce que vous voulez : l’échanger, le prêter ou même l’offrir.  » Pour le prouver, Mark Gutenberg demande alors à l’assistance que chacun échange l’objet avec son voisin.  » L’auriez-vous fait avec votre liseuse ou votre smartphone ?  » Chacun s’y prête de bonne grâce, regardant le nouvel objet reçu avec curiosité.

 

 » Voilà. Avec nos équipes de communication, nous avons décidé de l’appeler BOOK pour Big Opportunities Of Knowledge car il va vous offrir des occasions illimités de mieux connaître le monde, les autres et soi-même « , poursuit Mark Gutenberg.  » Et notre business plan, vous demandez-vous ? Pas question que cette innovation soit mise en ligne. Nous allons créer de vrais lieux d’expérience humaine où des personnes vous conseillent – sans l’aide d’aucun robot ou algorithme – et vous ouvrent à de nouvelles découvertes.  »

 

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