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L’apprentissage reprend peu à peu des couleurs

Mise en ligne le 09 septembre 2018

Lire Le Figaro du 8/9/18 page 20

Extrait

Stimulées par le rétablissement des aides, les entrées en contrat d’alternance augmentent, malgré le frein culturel et les réticences de l’Éducation nationale.

Promouvoir l’apprentissage vaut bien de monter sur une rutilante moto BMW. En visite jeudi après-midi dans le tout nouveau campus dédié à la formation pour les services de l’automobile et du cycle, à Guyancourt (Yvelines), Muriel Pénicaud a passé deux heures dans les différents ateliers à rencontrer les jeunes. «Quel est votre parcours, quels sont vos projets?»: les réponses des apprentis à la ministre du Travail reflètent bien la diversité des cursus et des envies. Kylian, 16 ans, est le plus jeune élève du site: après une classe Dima (dispositif d’initiation aux métiers en alternance), il prépare son CAP. «Depuis tout petit, j’ai la passion de la voiture», explique-t-il dans l’atelier aussi propre qu’un hôpital où s’alignent les véhicules. Plus âgé, Scott a suivi une année d’étude en design graphique, après un bac pro. Il a choisi de se reconvertir dans l’automobile, lui aussi par passion. Il pourra se former en un an seulement, avec un cursus comportant davantage de mécanique et de cours pratiques et moins de cours généraux. C’est un des atouts de ce campus: proposer des parcours sur mesure.

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«J’ai envie de poursuivre vers un BTS, voire une école d’ingénieur», confie Scott. Sur le site, il peut déjà rencontrer des alternants plus avancés, comme Pauline, une des rares filles de la formation: déjà habillée comme une professionnelle, en tailleur, cette titulaire d’un DUT prépare une spécialisation en vente automobile via un CQP (certificat de qualification professionnelle), dans un atelier ressemblant à s’y méprendre à une concession, et en s’essayant aux pratiques dans une concession virtuelle.

«L’apprentissage est une voie de promotion, qui ouvre le champ des possibles. Il y a plein de passerelles»

Muriel Pénicaud

C’est la preuve, selon Muriel Pénicaud, de la pertinence de ce système de campus qui réunit des alternants allant du CAP au diplôme d’ingénieur, et qui accueillera des salariés en formation continue. «L’apprentissage est une voie de promotion, qui ouvre le champ des possibles. Il y a plein de passerelles», a insisté la ministre, à l’issue d’une dernière photo générale avec les jeunes.

En appui de la campagne médiatique de promotion de l’alternance, lancée ce printemps par le gouvernement, Muriel Pénicaud aura visité 9 CFA (centre de formation des apprentis) en cette semaine de rentrée, sillonnant la France. Un marathon qui s’avère nécessaire.

Car l’alternance revient de loin. Le nombre d’entrées en apprentissage a chuté au début du quinquennat Hollande, notamment à cause de coupes dans les aides aux entreprises. Une timide reprise s’est ensuite amorcée à partir de 2015, qui est allée s’accélérant. De juin 2017 à mai 2018, 307.000 nouveaux contrats ont été enregistrés dans le privé et le public, soit une hausse de 5,5 % par rapport à la même période de 2017. La reprise économique y a contribué. Mais aussi la politique du gouvernement Valls. Ce dernier a rétabli des aides, assoupli la réglementation sur les machines dangereuses ou les travaux en hauteur, ouvert de nouvelles formations plus courtes et plus pratiques, les «titres professionnels».

«Nous avons déjà été approchés par de grandes sociétés qui réfléchissent à ouvrir leur CFA en interne»

Ministère du Travail

L’actuel exécutif est allé encore plus loin, en réformant profondément l’alternance. Mais les effets de ce big bang ne sont pas encore visibles – la hausse des demandes d’entrée après la classe de 3e est liée surtout aux campagnes de promotion. Et pour cause: ce chantier fait partie de la loi avenir professionnel, promulguée mercredi. Certaines mesures seront applicables le 1er janvier prochain: aide de 500 euros au permis de conduire, hausse de la rémunération des apprentis… D’autres le sont dès maintenant mais nécessiteront un temps d’adaptation, comme la possibilité d’entrer en apprentissage tout au long de l’année.

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Enfin, le cœur de la réforme – le basculement du pilotage de l’apprentissage des régions vers les branches professionnelles – n’entrera en vigueur que le 1er janvier 2020. Les CFA ne seront alors plus subventionnés par les régions (à quelques bémols près): ils seront financés, via des organismes liés aux branches, en fonction des contrats d’apprentissage conclus.

En contrepartie, ils pourront ouvrir ou fermer des sessions sans l’autorisation du conseil régional. De quoi inciter les centres à avoir des formations adaptées aux besoins des entreprises. Car c’est bien la faille du système éducatif français, même si l’apprentissage fait mieux que la moyenne avec un taux de débouché de 66 %.

Le gouvernement a jugé que l’apprentissage deviendrait plus performant et attractif en donnant les clés au monde de l’entreprise, comme cela se fait ailleurs en Europe. «Nous avons déjà été approchés par de grandes sociétés qui réfléchissent à ouvrir leur CFA en interne», confie-t-on au ministère du Travail. Mais le pari ne sera gagné que si le patronat agit. «Nous devons maintenant nous saisir de ces réformes pour les utiliser à plein. C’est notre responsabilité», a insisté Geoffroy Roux de Bézieux, à l’université d’été du Medef. Reste aussi à changer l’état d’esprit au sein de l’Éducation nationale. Là est peut-être le vrai défi.

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