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«Le management moderne est une tyrannie inefficace» : les extraits d’un livre choc

Mise en ligne le 09 septembre 2018

Lire Le Figaro du 5/9/18

Extrait

Mantra du «collectif», lourdeur des process, obsession de la transparence, réunions interminables et séminaires ludiques… L’économiste Nicolas Bouzou et la philosophe Julia de Funès passent en revue tous les maux du management contemporain. Le Figaro publie les bonnes feuilles de La Comédie (in)humaine, un essai iconoclaste et roboratif.

Ils s’érigent contre «l’idéologie bonheuriste» qui voudrait faire du bonheur la condition du travail alors qu’il devrait être la conséquence d’un travail ayant du sens. Les auteurs proposent plusieurs pistes pour retrouver un véritable management qui cesse de «faire fuir les meilleurs» et redonne place au courage et à l’autorité, vertus cardinales d’un véritable leadership.

● Entreprise sans finalité

Au cœur du problème, l’entreprise est vue par ses actionnaires et dirigeants comme une «organisation technicienne» et non comme une «organisation finalisée». La technique est au service de la technique et l’innovation au service du changement, sans que ces transformations s’inscrivent dans un projet explicite. Cette «définalisation» a des conséquences concrètes. Le leadership s’efface au profit du management et du contrôle. S’ensuit une inflation des réunions inutiles, des brainstormings ineptes, des présentations PowerPoint sans intérêt, tout cela orchestré par un management qui détruit plus de valeur qu’il n’en crée. Les salariés perdent de vue le but et le résultat tangible de leur travail. Les plus fragiles souffrent de maladies professionnelles, les désormais tristement célèbres burn-out, bore-out et brown-out. […] Au fond, les salariés sont aux prises avec deux injonctions contradictoires: les entreprises exigent de plus en plus de travail de leurs salariés, mais dans les faits l’accumulation de process et de réunions les empêche de travailler ; alors que les salariés auraient besoin de sens et d’autonomie, on leur demande instamment d’être heureux au travail.

● L’absurdie

Pour développer l’inventivité de ses salariés, une entreprise organise des ateliers créatifs (ou plutôt récréatifs!). Les salariés d’une grande banque sont ainsi enfermés dans une pièce de 9 heures à 18 heures pour jouer aux Lego et à la pâte à modeler, comme s’ils étaient revenus… à la crèche. […] Les activités imposées aux collaborateurs lors de ces séminaires frisent souvent le ridicule: relaxation pour évacuer le stress, escalade pour renforcer la solidarité du groupe, raid en quad ou escape games pour se défendre de la concurrence et l’abattre… Le ridicule peut même tuer. L’un de nous deux se souvient d’un décès lors d’un séminaire auquel il était intervenu pendant la crise financière en 2008. Un homme de 50 ans succomba à une crise cardiaque lors d’un match de football. L’autre se rappelle le malaise d’une jeune femme en raison du stress que représentaient pour elle des exercices de prise de parole en public… Les pompiers ont dû intervenir.

● Surveillance et transparence

Sur les campus d’entreprises les plus récents, l’architecture des bureaux répond à cette exigence de visibilité. Tout est vitré pour être transparent. Tout devient visible et observable, on ne peut plus se cacher ailleurs qu’aux toilettes. Les bâtiments ne sont plus faits pour être vus eux-mêmes pour la beauté d’une architecture, mais pour mieux voir, pour rendre visibles ceux qui s’y trouvent. La surveillance et la transparence deviennent ainsi des opérateurs économiques. Ce pouvoir disciplinaire que décrit Foucault est paradoxal: d’un côté, il est absolument indiscret puisqu’il est partout en ne laissant aucune zone d’ombre, et de l’autre, absolument discret puisqu’il n’est détenu par personne et fonctionne en silence. Il rend visible en étant invisible: les salariés s’y soumettent en n’obéissant à personne…

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