Categories | Revue de presse

Publicité en ligne, des pratiques retorses à l’égard des enfants

Mise en ligne le 04 novembre 2018

Lire Le Figaro du 1/11/18 page 24

Extrait

Aux États-Unis, des associations de parents montent au créneau pour que le régulateur sanctionne les abus.

Les enfants adorent jouer au docteur. Budabu, éditeur d’applications mobiles, l’a bien compris et a adapté ce jeu au monde numérique avec Doctor Kids. Téléchargée plusieurs centaines de milliers de fois, l’application Android est censée éduquer les moins de 5 ans aux pratiques médicales. Mais elle en profite aussi pour les habituer à de la publicité sous contrainte. Si l’enfant refuse d’acheter les accessoires virtuels payants du jeu, l’un des personnages se met à pleurer.

Sur d’autres applications destinées aux très jeunes utilisateurs, les jeux sont même bloqués si ces derniers ne regardent pas la publicité en entier. «Dans de nombreux cas, les publicités s’affichent au format pop-up et il est impossible pour un jeune utilisateur de les fermer», constate auprès du New York Times Jenny Radesky, pédiatre et auteure d’une étude du Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics. Les résultats de l’étude, parue fin octobre, ont conduit une vingtaine d’associations de défense des droits des enfants à engager une procédure auprès de l’autorité de la protection des consommateurs américains, la Federal Trade Commission (FTC).

«Ces pratiques sont injustes et trompeuses pour les enfants et les parents, et nous exhortons la FTC à prendre des mesures appropriées et rapides», expliquent-ils dans leur lettre ouverte au régulateur.

Caution de Google

Sur l’échantillon de 135 applications analysées par les chercheurs, 95 % utilisent au moins une publicité. Celles-ci vont de la simple bannière à de la publicité déguisée directement dans le jeu pour créer des «stimulus» plus grands chez les enfants. «Le marketing à l’égard des enfants n’est pas interdit, mais il est strictement encadré», explique Maxime d’Angelo Petrucci, avocat du cabinet Clifford Chance. Aux États-Unis, la loi Copa restreint l’utilisation des données personnelles des moins de 13 ans à des fins de profilage publicitaire. C’est notamment pour cette raison que YouTube et Facebook sont interdits en dessous de cette tranche d’âge.

En Europe, le RGPD est l’un des nombreux textes protégeant les mineurs. «Ceux-ci bénéficient d’une protection spécifique et renforcée, qui se manifeste par des obligations de consentement des parents et un principe de traitement “loyal” les données, sans exploiter la crédulité des utilisateurs, ajoute Dessislava Savova, associée en charge du groupe Tech de Clifford Chance. Les informations sur la collecte de données sont incompréhensibles pour les parents, alors imaginez pour un enfant.»

Ce n’est pas la première fois que l’alerte est sonnée sur les pratiques douteuses d’acteurs numériques à l’égard des enfants. Une étude réalisée par l’université d’Oxford au printemps dernier accuse même Google de cautionner l’exploitation massive des données des mineurs en n’empêchant pas les acteurs dangereux de prospérer sur Android. Google est d’ailleurs sous le coup d’une autre plainte, déposée à la FTC en avril, car il est accusé d’utiliser les données de localisation de numéros de portables de mineurs pour faire du ciblage publicitaire sur YouTube.

Share

Les commentaires sont fermés

Notre mission

La CCFI a pour mission de fédérer tous les acteurs de l'Industries Graphiques et assurer une veille technologique nécessaire à la maitrise de nos métiers et process d'aujourd'hui et de préparer ceux de demain.