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La fin du clavier, c’est pour quand ?

Mise en ligne le 01 décembre 2018

Lire : ZDNet du 22 novembre

 

Technologie : Après des décennies de bons et loyaux services, l’ordinateur tel que nous le connaissons, avec clavier, écran et souris, est-il en passe de tirer sa révérence pour laisser place à de nouvelles interfaces ?

 

Correspondance à San Francisco – La caméra filme un homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’une chemise blanche et d’une cravate sombre, exposant doctement sa vision de l’informatique du futur. Tour à tour, devant un attentif public d’ingénieurs informatique, il effectue une série de commandes basiques, pianotant sur son clavier et manipulant un petit boîtier en bois sur roulette de métal en guise de souris. Nous sommes à San Francisco, en 1968, et l’ingénieur américain Douglas Engelbart pose les bases du Personal Computer (PC), dans une démonstration devenue tellement culte qu’on la surnomme « The mother of all demos ».

 

Mais un détail frappe l’attention : alors que les ordinateurs d’aujourd’hui sont bien plus puissants que celui qu’utilise Douglas Engelbart, l’interface, elle, a peu changé. Écran, souris et clavier font toujours partie de la panoplie traditionnelle de l’ordinateur. L’écran s’est aplani, est devenu tactile sur certains appareils, mais la manière dont nous interagissons avec l’informatique reste très similaire.

 

Les choses sont cependant en train de changer, et une nouvelle vague de technologies permet de repenser la manière dont nous interagissons avec l’informatique.

Au commencement était le Verbe

 

Il y a, d’abord, les progrès spectaculaires effectués autour de la reconnaissance vocale. Les assistants virtuels vendus par Amazon (Alexa), Google (Ok Google), Apple (Siri) ou encore Microsoft (Cortana) sont désormais capables de traiter des requêtes simples effectuées à l’aide de la voix. La forme la plus aboutie de cette technologie a été exposée par Google, en mai dernier, lors de sa conférence annuelle destinée aux développeurs, Google I/O.

 

Le CEO de l’entreprise, Sundar Pichai, y a présenté le tout nouvel assistant développé par son entreprise, Google Duplex, devant un public ébahi. Dans un enregistrement audio, l’intelligence artificielle de Google appelle successivement un salon de coiffure et un restaurant afin d’effectuer une réservation. Le logiciel comprend sans peine les questions de ses interlocuteurs et répond avec précision. On jurerait qu’un humain se trouve au bout de la ligne.

 

Grâce à la commande vocale, l’informatique parle notre langage. Plutôt que de taper un mail ou un SMS, on peut en dicter le contenu à l’intelligence artificielle, tout en prenant son petit déjeuner ou conduisant son véhicule. Mais l’on peut aussi effectuer une recherche sur la toile, demander la météo ou son agenda du jour, planifier un rendez-vous, commander un taxi ou un billet d’avion… L’informatique devient, en outre, invisible et ubiquitaire : Amazon souhaite ainsi intégrer son assistant dans tous les objets du quotidien, enceintes intelligentes, voitures, mais aussi objets connectés, ampoules, frigidaires et thermostats, pour permettre à ses utilisateurs d’effectuer des actions et requêtes en ligne à tous moments.

Vers l’informatique holographique

 

La commande vocale a beau être un outil puissant, elle ne saurait remplacer totalement l’usage du clavier, de nombreuses actions demeurant impossibles ou trop complexes à effectuer sans l’usage de celui-ci. Si le clavier a donc encore de beaux jours devant lui, certains s’efforcent de le repenser au miroir des technologies de pointe. L’entreprise Oblong a ainsi conçu le dispositif G-speak, qui s’inspire de l’interface utilisée par la police dans le film Minority Report. Un projecteur permet de diffuser l’écran informatique sur n’importe quelle surface, tandis que l’utilisateur interagit naturellement avec l’interface, à l’aide d’une paire de gants prévus à cet effet.

L’utilisateur peut ensuite manipuler documents Google, feuilles de calcul Excel, présentations PowerPoint et pages de recherche Internet directement avec les mains, comme s’il utilisait l’écran d’une tablette ou d’un smartphone. Un système de capteurs et de caméras interprète ses mouvements et les traduit en commandes informatiques. Plus intuitif, ce dispositif vise également à stimuler la créativité et simplifier la collaboration.

 

Les progrès de la réalité augmentée ouvrent également de nouvelles perspectives dans ce domaine. L’entreprise Atheer propose ainsi une paire de lunettes qui superpose une surface holographique devant le champ de vision de l’utilisateur, avec laquelle il peut interagir en toute liberté. Pensé dans un premier temps pour des usages techniques, permettant par exemple aux ouvriers de bénéficier d’informations en surbrillance pour les guider dans leur travail, ce dispositif pourrait, à terme, constituer l’écran et le clavier de demain.

Contrôler les ordinateurs par la pensée

 

Dans un futur plus éloigné, il pourrait même être possible de se passer complètement de toute interface d’interaction. C’est du moins ce que laissent envisager les recherches en matière de communication cerveau/machines. Quoique très expérimentales, celles-ci permettent d’imaginer un futur où nous contrôlerions directement les ordinateurs à l’aide de la pensée, sans avoir besoin d’effectuer le moindre geste. Le DARPA, département de la défense américain, explore actuellement cette piste, notamment autour d’un dispositif qui permettrait aux pilotes de commander aux drones par la pensée.

Elon Musk, le charismatique milliardaire à la tête de Tesla et SpaceX, mène également des recherches en matière d’interfaces entre cerveaux et ordinateurs à travers son entreprise Neuralink.

 

Tout comme Mark Zuckerberg, via le projet Building 8. Citons également la jeune pousse Nuro. Depuis San Francisco, celle-ci élabore un système capable de scanner le cerveau pour identifier les ondes cérébrales, dans une optique d’abord médicale, mais qui pourrait, à terme, permettre d’isoler les pensées pour les communiquer à une machine. Toutes ces recherches demeurent toutefois à un état embryonnaire. Nul doute, donc, que le clavier, sous forme matérielle ou virtuelle, a encore de beaux jours devant lui.

 

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