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Furet du Nord, Decitre : le groupe de librairies Nosoli dans la tourmente

Le groupe de librairies indépendantes a convoqué des CSE extraordinaires mardi pour présenter un plan de retournement. Les salariés redoutent un redressement judiciaire

Moins d’un mois après le parisien Gibert Joseph, un autre groupe français de librairies indépendantes est en difficulté. Nosoli, installé à Tourcoing, dans le Nord, et qui abrite trois sociétés – les enseignes Furet du Nord (18 magasins), Decitre (9 magasins) et La Générale Librest, destinée aux professionnels – a convoqué pour mardi prochain trois CSE extraordinaires.

Il s’agit de présenter un plan de retournement afin de faire face à ses difficultés financières, dont aucun détail n’est encore sorti pour l’instant. Les salariés craignent une mise en redressement judiciaire et une restructuration drastique.

Fin 2024, Nosoli avait déjà réalisé un plan de sauvegarde de l’emploi et fermé des magasins. Mais les difficultés semblent s’être accrues au début de l’année. Les ventes ont dévissé. « Comme pour tout le marché de la librairie en France mais nous plus que les autres, car le groupe était déjà dans une situation fragilisée », souligne Franck Brunet, délégué syndical CDFT membre du comité social et économique du Furet du Nord.

Manager de transition

A tel point que Nord Capital Partenaires (Crédit Agricole Nord de France et Turenne Capital), le fonds qui en est propriétaire à 90 %, a décidé en mars de faire appel à manager de transition – pour remplacer le PDG, Christophe Desbonnet, passé directeur opérationnel. « Nous avons, depuis, peu de réponses à nos questions », indique le délégué syndical.

Le groupe ne communique pas ses derniers résultats. En 2023, son chiffre d’affaires atteignait 160 millions d’euros (avec un périmètre différent). Il emploie 649 personnes.

Les raisons de cette crise sont multiples : régression de la consommation, baisse de la lecture, loyers des magasins trop chers, concurrence accrue avec le déploiement de chaînes ou encore d’Amazon, mais aussi de la seconde main – « nous sommes attaqués par des sites comme Momox ou Vinted », souligne le syndicaliste – et des centres-villes de moins en moins accessibles. Franck Brunet met aussi en avant la baisse du Pass culture et une crise des finances publiques qui génère une baisse d’achat des bibliothèques comme des universités. Même la vente des mangas a baissé, comme celle des livres jeunesse.

Hausse des prix

Un ancien salarié du Furet, délégué syndical également, souligne aussi qu’après la guerre en Ukraine et la hausse des coûts de l’énergie, le prix des livres a beaucoup augmenté et n’a plus baissé depuis. « Il y a dix ans, vous aviez un livre de poche pour cinq ou six euros. Aujourd’hui c’est huit à neuf, voire jusqu’à dix euros ».

Le plan transformation de fin 2024 n’est pas arrivé au bout de ce qui était prévu. Notamment, les deux Furet qui devaient fermer ont été maintenus, celui de Roubaix ayant déménagé sur une surface plus petite et celui de Villeneuve-d’Ascq attendant toujours son déménagement. Et des trois Decitre fermés, l’un a rouvert, à Grenoble, au sein du BHV. La stratégie vers la seconde main semble aussi ne pas avoir tenu ses promesses.

Tous les magasins du groupe fermeront leurs portes mardi à 13 heures, le temps que la direction puisse faire ses annonces aux salariés.

Lire : Les Echos du 21 mai

Jean-Philippe Behr

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