CCFI

Le trafic des sites d’information chute après le déploiement d’AI Overviews

L’audience des principaux sites d’information français a chuté en septembre. En cause, la fonctionnalité AI Overviews de Google, mais pas seulement.

« Ouest-France », France Info, « Le Figaro », les trois sites d’information les plus consultés en France sont en chute libre sur le mois de septembre. Sur un an, leur trafic baisse respectivement de 9 %, 33 % et 23 %, selon les chiffres de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM).

Déjà, le mois d’août avait marqué le pas, avec des baisses de trafic comprises entre 10 et 40 %. Face à de telles dégringolades, tous les regards se tournent vers AI Overviews, la fonctionnalité que Google a déployée en France le 22 juillet dernier.

Une baisse de 23 % sur un an

Depuis cette date, le célèbre moteur de recherche affiche, selon le type de requêtes, un résumé produit par son intelligence artificielle, en haut de page, avant les traditionnels liens vers des sites tiers. L’internaute obtient ainsi l’information sans avoir nécessairement à cliquer sur les sites, même si Google affiche les logos cliquables des sources utilisées dans ses réponses.

Toutefois, il semblerait que peu d’internautes poussent la recherche jusque-là. Au-delà des trois sites susmentionnés, c’est l’ensemble des sites d’information qui voient leur trafic plonger. Toujours selon l’ACPM, la baisse de ces sites atteint en septembre 23 % sur un an.

« Toutes les statistiques qui parviennent de l’étranger et des principaux marchés montrent un recul fort et constant des audiences digitales », pointe Marc Feuillée, président de l’Alliance pour la presse d’information généraliste (Apig).

D’après un sondage du Reuters Institute, le trafic issu des recherches Google vers plus de 2.500 sites a diminué de 33 % à l’échelle mondiale, entre novembre 2024 et novembre 2025. Ce sont surtout les sites serviciels (proposant des conseils en santé, fiscalité, etc.) qui trinquent.

Au-delà d’AI Overviews, Marc Feuillée, également directeur général du groupe Figaro, pointe un autre facteur d’explication : la modification de l’algorithme de Google Discover. Celui-ci fait désormais remonter dans son flux d’actualités les publications des réseaux sociaux et les vidéos courtes de YouTube, laissant moins de place aux sites d’information.

Crise du modèle

Les journaux français, comme ailleurs dans le monde, sont inquiets pour leur modèle économique qui repose sur les revenus publicitaires et/ou les abonnements (mais qui eux aussi dépendent de la recherche Google qui oriente vers des articles payants).

Désormais, pour sortir du lot, les médias n’ont d’autres choix que de privilégier les informations exclusives et renforcer leur trafic via leurs propres canaux, application et newsletters. D’ailleurs, en septembre, le trafic sur les applications résiste bien mieux que les sites. « Il n’y a pas de fatalité à cette baisse », veut croire le président de l’Apig.

Droits voisins et nouveaux financements de la presse

En attendant la longue route vers l’indépendance vis-à-vis des Gafam, les éditeurs de presse comptent sur les droits voisins : Google comme toutes les plateformes ont l’obligation de rémunérer les éditeurs de presse pour l’affichage en résumé de leurs informations. Mais avec une audience en chute, « sur quelle base seront calculés ces nouveaux droits voisins ? » s’inquiètent les éditeurs.

L’Apig a par ailleurs ouvert un front en saisissant l’Autorité de la Concurrence pour obliger Google à ouvrir une négociation « transparente et de bonne foi ». De son côté, l’entreprise américaine dit avoir adressé la nouvelle méthode de calcul aux éditeurs, faisant office de base pour la négociation.

Mais l’essentiel est presque ailleurs pour Marc Feuillée. « Nous devons obtenir une rémunération pour l’utilisation de nos contenus lors de la génération des réponses des modèles d’IA. C’est notre avenir qui se joue là ! »

A travers le monde, les éditeurs sont donc face à un dilemme : accepter de fournir les données et espérer récolter quelques billes financières, ou refuser et prendre le risque de disparaître des recherches. Selon les dernières données fournies par Google en juin dernier, la firme comptabilisait 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels d’AI Overviews.

A noter que face à la crise de financement de la presse, le gouvernement a tenté d’apporter une réponse, avec un projet de loi qui contraindrait les grands annonceurs publicitaires à réorienter une partie de leurs investissements vers les sites d’information politique et générale.

Lire : Les Echos du 8 octobre

Jean-Philippe Behr

Demande d’adhésion à la CCFI

Archives

Connexion

Demande d’adhésion à la CCFI