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« L’Express » se réinvente en plusieurs langues grâce à l’IA

Nouvelle maquette, nouveau site, traduction en 24 langues… Le doyen des « newsmag » français, piloté par Alain Weill, veut accélérer sa croissance avec une dimension résolument digitale et européenne.

« Le pari de l’Europe ». La nouvelle signature de « L’Express » résume bien l’ambition du doyen des newsmagazines français. Après avoir remis à l’équilibre les comptes du journal, son propriétaire, Alain Weill, veut accélérer la croissance avec une dimension résolument digitale et européenne.

S’inspirant du succès du « New York Times », de « The Economist » et du « Financial Times », devenues des entreprises mondiales grâce à la langue anglaise, celui qui a pris le contrôle de « L’Express » en 2019, et en est l’unique actionnaire depuis trois ans, vise désormais à élargir son marché à l’Europe entière, tout en continuant à miser sur des thématiques comme la défense et les sciences.

Traductions avec l’IA

Dès cette semaine, la maquette du journal fondé en 1953 fait peau neuve, tout comme le site et l’appli. Mais surtout, un deuxième site (lexpress.eu) sera lancé dès le 20 janvier. D’abord en anglais et en polonais, il montera progressivement à 24 langues d’ici à la mi-2027. Pour marquer le coup, le groupe, qui inclut aussi un pôle de Salons virtuels, a décidé de se rebaptiser « L’Express Global Tech ».

Ce déploiement se fait à l’aide de l’IA, en association avec la société Lionbridge. Environ 80 % des contenus de « L’Express » (y compris les podcasts et les vidéos) seront ainsi traduits. Au lieu de viser seulement les décideurs français, le journal se veut désormais « compatible avec les attentes des leaders d’opinion européens », a expliqué mercredi Alain Weill lors d’un point presse.

Des revenus stables

Le fondateur de BFMTV part du constat du bouleversement du secteur de la presse depuis une trentaine d’années. Sans stigmatiser les concurrents, Alain Weill est sceptique sur le postulat fait dans l’industrie de pouvoir « remplacer les abonnés papier par les abonnés digitaux ».

Car pour les « newsmag », le contexte est particulièrement délicat. Selon les chiffres de l’ACPM, la diffusion payée en France de « L’Express » a baissé de 7,6 % en un an (de juillet 2024 à juin 2025), avec 129.000 exemplaires.

Malgré ce recul, les revenus du groupe (hors Salons virtuels) sont restés stables à environ 25 millions d’euros grâce à la légère croissance de son parc d’abonnés numériques, une bonne dynamique publicitaire (l’audience était de 1,1 million de Français fin 2025) et la poursuite de la hausse des prix (le numéro en kiosque est passé à 7,90 euros).

Objectifs de croissance

A terme, tout en poursuivant la croissance en France, l’objectif est de séduire au minimum 30.000 abonnés numériques ailleurs en Europe, soit symboliquement environ 1.000 abonnés par pays.

La conquête de nouveaux abonnés doit permettre au groupe d’atteindre son objectif de triplement des revenus pour atteindre la barre des 100 millions d’euros à horizon 2030. La moitié des revenus serait alors générée par l’activité de Salons virtuels, qui est en train de s’étendre aux Etats-Unis et qui devrait devenir rentable dès 2027.

Pour lancer sa nouvelle version européenne, une enveloppe de 2 millions d’euros en dépenses marketing est prévue dans d’autres pays cette année. Une campagne multimédia va également démarrer dans les prochaines semaines en France. Quant à l’investissement technologique, il peut se faire à moindre coût grâce à l’IA (environ 25.000 euros par an et par langue).

Vers une levée de fonds ?

Au total, la base de coûts des activités presse restera peu ou prou stable en 2026, soutient Alain Weill. Après neuf recrutements ces derniers mois, les effectifs de la rédaction sont d’environ 70 journalistes en CDI, auxquels s’ajoute une trentaine de pigistes.

Si le dirigeant compte sur la croissance pour alimenter « la montée en puissance progressive des investissements, à partir de 2026-2027 », il reste également ouvert à la possibilité de faire entrer au capital, de façon minoritaire, d’autres groupes de presse européens.

Lire : Les Echos du 7 janvier

Jean-Philippe Behr

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