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En crise, le « Washington Post » taille dans ses effectifs

Le journal supprime des centaines de postes de journalistes en raison d’un contexte économique compliqué. Mais certains journalistes licenciés y voient surtout le signe du rapprochement entre Jeff Bezos, propriétaire du titre, et Donald Trump.

La crise prend de l’ampleur au « Washington Post ». L’emblématique journal américain, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a commencé mercredi à licencier des centaines de journalistes. Le nombre précis de suppressions de postes n’a pas été communiqué, mais selon le « New York Times », environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés.

Cette hémorragie frappe l’ensemble des services du quotidien. Une grande partie des correspondants à l’étranger, dont l’intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient, ont été mis à la porte. Parmi eux, Lizzie Johnson dit avoir été licenciée alors qu’elle se trouve en plein reportage sur le front en Ukraine. « Je suis bouleversée », écrit-elle sur X.

Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l’infographie sont aussi particulièrement touchés, voire presque intégralement supprimés.

« Un jour sombre »

Le « Washington Post », connu pour avoir révélé le scandale du Watergate ou les « Pentagon papers » et qui a reçu 76 prix Pulitzer depuis 1936, est en crise depuis des années. Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Mais après le départ du milliardaire républicain de la Maison-Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal a perdu 100 millions de dollars en 2024, rapporte le « Wall Street journal ».

Une vaste réorganisation de la rédaction, lancée en 2024 avec une nouvelle direction, avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.

C’est ce contexte très compliqué qui est aujourd’hui mis en avant par la direction pour justifier les coupes drastiques dans les effectifs du journal. Cette restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque » « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit « sécuriser » son avenir, a expliqué le directeur exécutif du journal Matt Murray, qui reconnaît un travail « difficile, mais essentiel ».

« On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a rétorqué le Post Guild, le syndicat du journal. Martin Baron, ex-rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain, a, lui, évoqué sur Facebook, « l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal.

Rapprochement Bezos-Trump

Selon ce dernier, ces suppressions de postes sont directement liées au rapprochement du fondateur d’Amazon avec Donald Trump, un président qui attaque régulièrement la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir. Martin Baron dénonce sans fard les « efforts écoeurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ».

A l’automne 2024, le « Washington Post » n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir Kamala Harris dans la campagne présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020. Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’investiture de Donald Trump. Selon la presse, cette décision avait fait fuir de nombreux abonnés.

Les entreprises de Jeff Bezos ont également d’importants contrats avec l’Etat fédéral, du stockage de données à l’espace. Selon les médias américains, Amazon a par ailleurs financé à hauteur de 75 millions de dollars le récent documentaire sur la première dame Melania Trump.

Pour toutes ces raisons, Emmanuel Felton, reporter du « Washington Post » chargé de couvrir les questions raciales, voit dans son licenciement une décision qui n’est « pas une décision financière, mais bien idéologique ».

Le « New York Times » en grande forme

Contraste saisissant, le « New York Times », grand rival du « Washington Post », a annoncé mercredi avoir recruté en 2025 plus de 1 million d’abonnés numériques, pour près de 13 millions au total. Il confirme sa position dominante sur le marché américain de la presse écrite.

Lire : Les Echos du 5 février

Jean-Philippe Behr

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