Se déroulant du 17 au 19 avril, cette manifestation est l’une des grands-messes de l’industrie du livre. Mais la préparation de cette édition 2026 n’aura pas été de tout repos pour les organisateurs.
C’est un millésime passablement agité pour le Festival du livre de Paris. « On espère que les dernières semaines vont se dérouler de manière plus sereine », confie Pierre-Yves Bérenguer, le directeur de l’événement qui aura lieu du 17 au 19 avril au Grand Palais, quelques heures après un nouveau rebondissement.
Mercredi 4 mars, le Festival du livre de Paris et Amazon ont annoncé, d’un « commun accord », que ce dernier – qui devait être pour la première fois l’un des partenaires officiels de la manifestation -, se retirait totalement de l’événement. En cause : une sortie incendiaire du Syndicat de la librairie française très irrité par cette collaboration, sur fond de conflit ouvert avec le géant de Seattle sur la loi Darcos concernant les frais de livraison du livre et visant à compléter la loi sur le prix unique du livre.
« Il paraît irresponsable, au nom d’intérêts financiers de court terme, d’offrir à Amazon une telle visibilité et honorabilité. Si la multinationale américaine, soutien de premier plan de Donald Trump, a de l’argent à dépenser, qu’elle commence par payer ses impôts en France comme le font tous les auteurs, les éditeurs et les libraires », a taclé le SLF en début de semaine, tout en faisant savoir qu’il boycottait cette édition et appelait d’autres acteurs du monde du livre à faire de même.
Un budget compris entre 5 et 6 millions d’euros
« Nous regrettons profondément cette manœuvre partisane du SLF qui, en s’appuyant sur des allégations infondées et trompeuses, confisque l’événement à son profit et le détourne de sa légitime ambition », a déclaré, de son côté, un porte-parole d’Amazon.
« Le Festival du livre de Paris est un lieu de débat et de célébration du livre, il n’a pas vocation à être un terrain d’affrontement et nous avons opté pour l’apaisement », pointe Renaud Lefebvre, le directeur général du Syndicat national de l’édition qui possède 100 % de la société organisant l’événement.
L’an passé, le Festival du livre de Paris a attiré 114.000 visiteurs. Nécessitant un budget compris entre 5 et 6 millions d’euros, l’événement repose en très grande majorité sur les éditeurs qui achètent des emplacements. Cette année, plus de 450 maisons d’édition sont présentes.
« Les prix vont jusqu’à 100.000 euros et ça démarre à 1.000 euros. Nous avons abaissé ce ticket d’entrée afin que de plus petits éditeurs puissent aussi y participer », détaille Pierre-Yves Bérenguer, qui cherche à générer d’autres sources de revenus pour que le poids financier soit moins lourd pour les éditeurs. « En 2027, le mécénat sera lancé et on essaie de développer fortement le sponsoring. »
Faible présence d’Hachette
En dépit du retrait d’Amazon, l’équilibre financier de la manifestation n’est pas menacé puisque cette collaboration ne pesait qu’autour de 2 % du budget du festival… qui en a vu d’autres ces dernières semaines. Leader français de l’édition, Hachette a fait savoir qu’il n’enverrait qu’une délégation très restreinte de ses nombreuses maisons – seuls Calmann-Lévy, le Livre de Poche et BMR y participent -, et organisait son propre événement, mi-mars au Palais Brongniart, pour ses 200 ans.
« Le groupe n’est pas en phase avec l’évolution du Festival du livre de Paris et souhaitait se concentrer sur Les Grandes Rencontres Hachette à l’occasion de son bicentenaire. Hachette Livre n’a pas encore engagé de réflexion sur la pérennisation de ce nouveau rendez-vous et sur sa présence aux événements littéraires de 2027 », détaille Hachette aux « Echos ».
« On espère leur retour l’an prochain et nous sommes en discussion pour cela », fait valoir Pierre-Yves Bérenguer, qui se souviendra sans doute longtemps de cette 53e édition du festival. En décembre, la Corée du Sud, qui devait être le pays invité d’honneur, a annulé sa participation. « Il a fallu vite rebondir et nous avons réalloué les 400 m2 disponibles à la bande dessinée. Ce qui nous a permis d’amortir les charges sur cet espace », explique-t-il.
Une solution qui a vite convaincu une dizaine d’éditeurs de BD privés cette année du Festival d’Angoulême, le grand raout du 9e art, en cette année qui démarre décidément douloureusement pour les festivals littéraires d’ampleur. « L’équilibre économique des grandes manifestations culturelles est fragile, surtout quand elles sont presque entièrement financées par la profession, relève Renaud Lefebvre. Mais le Festival du livre de Paris est inscrit dans la durée, au-delà des aléas de cette édition. »






































