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“Je ne pensais pas raconter la fin du papier” : ce journaliste de Dordogne publie un livre sur les papeteries de Condat

Dans le livre “Condat, le géant de papier” publié ce vendredi 10 avril, Clément Bouynet, journaliste à Sud Ouest, retrace l’histoire centenaire des papeteries du Lardin-Saint-Lazare, jusqu’au rachat du site et au licenciement de l’immense majorité des derniers salariés, actés fin mars.

Puisque les papeteries de Condat étaient menacées, il fallait les raconter. C’est ce qui a décidé Clément Bouynet, journaliste à Sud Ouest à Périgueux, à écrire un livre sur l’usine du Lardin-Saint-Lazare. “Condat, le géant de papier” sort ce vendredi 10 avril. Quelques jours après le licenciement de la quasi-totalité des salariés. Et l’installation du repreneur sur le site industriel centenaire.

“Ce savoir-faire ne peut pas purement et simplement disparaître, ce n’est pas possible. Il faut qu’on raconte qu’en Dordogne, on a fait du papier de qualité, le plus beau de France, d’Europe, pendant des décennies”, insiste Clément Bouynet. Les éditions Fanlac, basées à Aubas, à quelques kilomètres des papeteries, lui avaient déjà proposé d’écrire sur Condat en 2023, lors du précédent plan social. “J’avais jugé que c’était peut-être un peu tôt, et je ne me considérais pas assez légitime pour écrire sur ce sujet”, explique le journaliste.

“Je pensais raconter la décrue du papier, peut-être pas la fin du papier”

Pendant deux ans, Clément Bouynet multiplie les reportages sur les papeteries : “À l’été 2025, clairement, on a senti une vraie coupure”. Il décidé de revenir vers l’éditeur. “On s’est rencontrés à l’été 2025 et quelques mois après, on a un nouveau plan social avec seulement 20 salariés qui restent aux papeteries. Très honnêtement, je ne pensais pas que ça aille si vite”, avoue-t-il.

Le journaliste pensait “raconter ‘la décrue’ du papier, peut-être pas la fin du papier”. Le repreneur, SPB, n’envisage pas pour le moment de reprendre la production de papier. Mais l’entreprise français promet une phase d’étude de plusieurs mois pour étudier la possibilité de redémarrage de la ligne 8 par un groupe papetier. Sauf qu’à Condat, ils sont peu à y croire.

“C’était ma mission de témoigner de ce qui était en train de se passer”

“J’ai grandi quelques kilomètres en aval du Lardin, au Bugue. En Périgord noir, les papeteries ça représente quelque chose d’immense, c’est une très longue histoire. On connaissait tous quelqu’un qui travaillait aux papeteries. C’était presque ma mision de ces derniers mois d’écrire, de témoigner de ce qui était en train de se passer”, développe Clément Bouynet.

Le journaliste raconte ne pas avoir eu de mal à faire parler les salariés et les retraités de Condat. “Je pense qu’ils en avaient besoin parce que ça fait partie de leur être. Condat c’est leur famille, c’est vraiment quelque chose qui est ancré chez les gens du bassin du Terrassonnais”, décrit Clément Bouynet. “Après, ce qui m’a fait vraiment bizarre, c’est que par rapport à d’autres sujets que je peux traiter, il y avait quelque chose de très passionné, ce qui était assez émouvant à chaque fois. Il y a eu pas mal de larmes dans les entretiens”, ajoute-t-il.

Des bouts de papier de Condat “pour que les gens touchent ce savoir-faire”

Une petite pochette est glissée dans chaque livre. Elle contient des morceaux de papier fabriqué par les papeteries. “Ça nous paraissait très important avec Alice Tardien, des éditions Fanlac, que les gens puissent toucher ce savoir-faire pour se rendre compte de la qualité”, détaille Clément Bouynet.

Sauf que ces dernières années, l’usine ne fabriquait plus de papier bouffant, celui des livres, ni de papier couché, celui des magazines. “Ce sont des habitants du Lardin qui avaient conservé très précieusement certains petits rouleaux de papier qui ont eu la gentillesse de nous les transmettre. Et on retransmet à notre tour ce papier. Il y a une forme de continuité que je trouve assez chouette”, conclut Clément Bouynet.

“Condat, le géant de papier” est en vente dans les librairies de Dordogne à partir de ce vendredi 10 avril, et sur le site internet des éditions Fanlac à 23€.

Lire : Ici du 10 avril

Jean-Philippe Behr

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