Étienne Gouttefarde, papetier, crée des feuilles uniques et haut de gamme de manière artisanale. Un savoir-faire qu’il cultive et personnalise en osmose avec la nature, et qui le mène parfois à travailler sur des projets d’envergure, comme la restauration d’un livre du 16e siècle.
Chaque feuille est unique. D’une beauté brute, organique. Les bords imparfaits, sa signature. Le fruit d’un mariage à trois. L’eau, la fibre et l’artisan papetier, Étienne Gouttefarde. Il puise son inspiration dans son enfance passée en Auvergne dans le Livradois. Chaque feuille est fabriquée à la main. Quand le papier prend forme, il y ajoute une touche de poésie, sa marque de fabrique. “On soufflerait, elles se réenvoleraient, mais dans quelques instants, elles feront corps avec le papier”, confie-t-il.
C’est dans la grange collée à la maison familiale qu’Étienne a installé son atelier il y a deux ans. Il s’est fait la main avec du papier recyclé qu’il collecte à droite à gauche. “Ça, c’est les documents confidentiels que je récupère de l’hôpital d’Ambert, de la communauté de communes”, montre-t-il. Brassé, il termine en pâte à papier diluée dans de l’eau. Quelques pétales de pissenlit pour apporter de la couleur. Pour réussir l’étape suivante, il faut une forme et un tour de main. “Je suis en train de faire le geste de vibration du papetier. Ça permet de lier les fibres entre elles. C’est ce qui va permettre de les emmêler un petit peu dans tous les sens et créer vraiment la structure finale de notre feuille”, explique-t-il.
“Un petit morceau d’Auvergne”
Ce papier, il l’associe à des moments heureux. L’annonce d’une naissance, un mariage, des faire-part que l’on garde précieusement. “On a toujours envie d’avoir un bout de papier dans les mains pour avoir une bonne nouvelle comme ça. C’est toujours plus agréable que de recevoir juste un SMS ou un mail. Donc c’est pour ça que je pense que mon métier a encore de l’avenir”, estime Étienne Gouttefarde.
Pour Étienne, son travail ne se limite pas à l’atelier. Il aime chercher dans la nature de quoi sublimer ses créations. Comme l’akène de pissenlit, qui se marie bien avec ses feuilles. Une manière d’immortaliser ce paysage qu’il aime : “Comme ça, toutes les personnes qui en achèteront auront un petit morceau d’Auvergne avec elles. Et un petit morceau de mon souffle aussi, parce qu’il faut quand même les souffler à l’atelier”.
Offrir un second souffle à des objets du passé
Passionné par ce qu’il fait, Étienne s’est mis à fabriquer un autre papier plus prestigieux. Le papier chiffon, fabriqué à partir de vieux draps comme cela se pratiquait avant le 19e siècle. “Je vous apporte les draps de maman, mamie, tata”, indique Sylvie Lavastre, une cliente. Ces draps vont rejoindre ceux déjà collectés. Il faisait partie du trousseau de mariage de la mère de Sylvie, décédée depuis. Sa fille, plutôt que de les jeter, souhaite leur donner une seconde vie en hommage à sa mère : “Je préférais que ça retourne comme une matière première et comme quelque chose qui se transforme. Peut-être aussi une façon de faire un peu son deuil”.
En coton, en lin ou chanvre, le fil des draps anciens n’a pas été dénaturé par les lessives modernes. Une défileuse permet de récupérer la fibre du drap dans sa longueur, ce qui donnera un papier haut de gamme à la texture dense, appréciée des artistes. Fierté du papetier : “Celui-là, pour moi, c’était la consécration, quand j’ai pu refaire du vrai chiffon. On n’est plus que trois ou quatre, maximum, en France à faire du vrai chiffon”.
Sa signature, un trèfle, qui en ce moment lui porte chance. Pour la première fois, son papier chiffon va servir à restaurer un livre ancien. Un petit Gutenberg à qui il manque trois pages. Corinne Pâquet, relieuse, est chargée de leur redonner vie. Le papier d’Étienne, composé de fibres anciennes, se rapproche de celui du livre. Il a fallu le teinter pour le vieillir. Commencent les premiers tests d’impression. En participant à la restauration d’un livre du 16e siècle, Étienne mesure la portée de son travail. “Ça me met les poils. Si j’ai refait ce métier, c’est pour qu’il y ait des gens qui utilisent ce que je fais, qui utilisent ce support, et voir ce qu’ils arrivent à en faire. Moi, je me dis que j’ai fait mon boulot”, souligne-t-il. Il estime que son papier durera entre 500 et 1 000 ans. Cela lui laisse l’éternité pour écrire la suite de l’histoire.






































