Réunis dans une action collective devant le tribunal des activités économiques de Paris, 101 groupes de presse et d’audiovisuel français accusent la maison mère de Facebook et Instagram d’avoir capté une part indue du marché publicitaire en ignorant le RGPD. Le préjudice réclamé atteint près de 1,4 milliard d’euros, a révélé L’Informé.
L’offensive avait été annoncée début avril 2025, puis la plainte déposée le 30 avril. Elle rassemble une large partie du paysage médiatique français : Le Figaro, Les Échos-Le Parisien, L’Équipe, Libération, Ouest-France, Ebra, TF1, Radio France, France Télévisions, CMI, CMA Media ou encore Prisma Media.
Les plaignants dénoncent un « ciblage publicitaire basé sur la collecte massive et illicite de données personnelles des utilisateurs ». En clair, Meta aurait diffusé des publicités personnalisées sans avoir obtenu un consentement valable des internautes, contrairement aux exigences du règlement européen sur la protection des données, en vigueur depuis 2018.
Pour les médias, cette pratique a offert au groupe de Mark Zuckerberg un avantage concurrentiel décisif, à leur détriment. Ils s’appuient notamment sur les sanctions prononcées en 2022 et 2023 par l’autorité irlandaise de protection des données, régulateur chef de file de Meta en Europe. La Commission européenne avait elle aussi épinglé le modèle publicitaire de Meta.
Un chiffrage révélé par une première décision
Le dossier n’a pas encore été examiné sur le fond. Mais une décision rendue le 21 septembre a permis de connaître l’estimation du préjudice, réalisée par le cabinet américain Charles River Associates. Les experts ont analysé les revenus publicitaires de Meta entre 2015 et 2023, la valeur que les annonceurs attribuent aux données collectées par Facebook et Instagram, ainsi que la proportion d’audience qu’un site perd lorsqu’il sollicite le consentement de ses visiteurs.
Le tribunal a par ailleurs ordonné la mise en place d’un cercle de confidentialité pour encadrer l’accès à ces données : huit personnes habilitées côté Meta, quatre au maximum pour chaque média demandeur, détaille Le Figaro, lui-même partie à la procédure. Meta exigeait également que les plaignants prouvent leur propre conformité au RGPD. Le tribunal a jugé cette demande prématurée. Une audience publique est attendue en janvier 2027.
Le précédent espagnol
Les éditeurs français suivent la voie ouverte en Espagne. En 2023, 87 éditeurs et l’Association des médias d’information (AMI) avaient attaqué Meta pour des motifs comparables, réclamant environ 550 millions d’euros. En novembre 2025, le tribunal de commerce de Madrid leur a donné raison et condamné le groupe américain à verser 479 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 60 millions d’euros d’intérêts légaux.
Un second front sur les droits voisins
Ce contentieux publicitaire s’ajoute à un autre bras de fer, celui des droits voisins. En juillet, l’Autorité de la concurrence a imposé à Meta de négocier de bonne foi avec les éditeurs, après avoir été saisie par la Société des droits voisins de la presse (DVP) et l’Alliance de la presse d’information générale (Apig). Meta a fait appel de cette décision, sur laquelle la cour d’appel de Paris doit se prononcer prochainement.






































