Dans la deuxième partie de ce grand entretien accordé à Livres Hebdo et paru hier dans sa version papier, le patron de Madrigall se tourne vers le futur et n’évoque rien moins que le Paris Book Market, la révolution IA, le départ de Boualem Sansal et sa propre succession.
Livres Hebdo : Quelle est votre analyse du marché au premier semestre 2026 ?
Antoine Gallimard : On assiste à un tassement préoccupant, tout le monde le constate. Préoccupant en termes de civilisation : les adolescents et jeunes adultes lisent moins. D’où mon plein investissement dans Les Petits Champions de la lecture, dont l’audience ne fait que croître chaque année. Il faut prendre le sujet à la racine, éduquer les parents à faire lire les enfants. Mais c’est très difficile, dans un univers numérique insolemment addictif. Et les enquêtes de l’OCDE montrent que la France recule par rapport aux autres pays sur la « littératie ». C’est-à-dire la capacité des adultes à lire des textes complexes. Nous avons un rôle à jouer. Mais l’État doit aussi planifier plus clairement son soutien à la lecture et aux apprentissages. Si la « souveraineté numérique » est un sujet, le niveau intellectuel de notre nation – enfants et parents – ne l’est pas moins. Il faut se réveiller avant qu’il ne soit trop tard.
Au plan strictement commercial, je note une belle résistance des librairies – plus que chez les enseignes ou la vente en ligne. C’est probablement la proximité, le conseil et le niveau d’assortiment qui l’expliquent. D’après le panel interprofessionnel, les enseignes reculent d’environ 6 %, là où les librairies ne baissent, dans leur ensemble, que de 3 % – les grandes librairies étant plus impactées. Mais, comme tout un chacun, les tensions sur le pouvoir d’achat, la crise énergétique et, plus encore, les guerres et la montée des autoritarismes m’inquiètent et les images de livres brûlés en Ukraine m’horrifient.
Mais si l’on s’en tient à notre marché national, l’année se jouera comme toujours sur le dernier quadrimestre, et nous avons un magnifique programme…






































