En vingt-cinq ans, la production de livres a bondi de 50 %, avec plus de 50.000 exemplaires publiés l’an dernier. Mais cette inflation n’a pas été linéaire dans le temps.
Entre 2000 et 2025, le nombre de livres publiés chaque année en France a bondi de 57 % pour s’établir à 54.206 exemplaires (nouveautés et rééditions), ce qui représente un surplus de presque 20.000 exemplaires, selon le cabinet de conseil spécialisé AQOA, qui a mené cette première étude interprofessionnelle sur la production éditoriale.
Initié par le Syndicat de la librairie française (SLF) avec le soutien du Syndicat national de l’édition et du ministère de la Culture, ce rapport – qui doit être présenté ce week-end lors des Rencontres nationales de la librairie à Rennes -, ne manquera pas de nourrir les débats sur l’éternelle question de la surproduction, ou pas, d’ouvrages qui divise certains des acteurs de la chaîne du livre.
D’un côté, les éditeurs font valoir qu’il s’agit d’un marché de l’offre et qu’ils ne peuvent pas réduire leur proposition éditoriale outre mesure. « On ne peut pas tout calculer ou prévoir, des succès aux échecs […] On ne vend pas des yaourts et notre modèle ne repose pas sur des algorithmes », confiait l’un d’entre eux il y a quelques années.
De l’autre, les libraires appellent de leurs voeux un volume plus réduit de parution afin de limiter les rotations dans leurs magasins. « Cette situation fait que la durée de vie des nouveautés sur les étals est très éphémère. N’ayant pas le temps de tout lire, les libraires peuvent aussi être de moins bon conseil alors que c’est leur point fort », confie le SLF.
« Et les limites de place, tout particulièrement chez les petites librairies, font que cela restreint celle accordée aux fonds. Or, les lecteurs vont aussi en librairie pour les classiques et pas que pour les nouveautés, ajoute le syndicat. Il y a aussi le volet écologique qui est très présent parmi les préoccupations des librairies indépendantes. »
En 2024 puis en 2025, l’Association pour l’écologie du livre avait d’ailleurs appelé à une trêve des nouveautés de quelques semaines. Un mouvement qui avait alors mobilisé quelques dizaines de librairies indépendantes en France.
En recul depuis 2022
Cette étude d’AQOA montre cependant que l’inflation de parutions n’a pas été linéaire dans le temps. S’agissant de la période de 2000 à 2016, le cabinet de conseil spécialisé évoque une forte croissance de 3,4 % par an avec un nombre de publications qui « explose dans presque toutes les catégories, alimenté aussi par l’éclosion de nombreuses nouvelles maisons d’édition ».
Dans le détail, le nombre de marques éditoriales (plusieurs peuvent appartenir au même éditeur) a grimpé de 50 % entre 2000 et 2013, avec 3.777 maisons identifiés selon l’étude. Un volume redescendu à 3.043 en 2025.
Entre 2016 et 2021, le nombre de parutions s’est ensuite stabilisé (+0,1 % par an). « Seules les catégories Littérature et BD/Manga continuent de progresser », précise AQOA qui pointe ensuite un « net recul » (- 2,2 % par an) dans le contexte post-Covid.
Reste que cette énième forme de la fin de l’abondance ne concerne pas tous les genres. Premier foyer de revenus devant le segment BD/Manga, la littérature voit son volume de publications se maintenir « à un niveau historiquement élevé, autour de 15.000 titres hors réimpressions, traduisant une phase de stabilisation durable », relève le cabinet de conseil spécialisé.
« Si le nombre de nouveautés est stable, le nombre de rééditions est en forte hausse (12,1 % par an depuis 2022), porté par l’essor des éditions spéciales et collectors, notamment en littérature et en BD/Manga », ajoute-t-il. Les débats sur la surproduction éditoriale ne sont pas près de se tarir.






































