Le patron du groupe Unique Heritage Media vient de lancer un nouveau journal hebdomadaire destiné aux enfants de 8 à 12 ans. Avec l’espoir de déconnecter les jeunes des réseaux sociaux et des IA.
« Ce sont les réseaux sociaux qui ont brisé le goût de la lecture des élèves. » En bon ingénieur, Emmanuel Mounier établit ce constat à partir d’un graphique du dernier rapport Pisa, largement stabiloté et bien rangé dans un classeur à anneaux.
Pour cet ancien cadre dans l’industrie, devenu patron de presse sur le tard, la situation « catastrophique », révélée par l’étude de l’OCDE sur le niveau des élèves de 15 ans, appelle une réponse « collective » pour enrayer la crise de la lecture chez les jeunes. « Il faut réagir pour inverser la tendance », lance le fondateur d’Unique Heritage Media (UHM).
De la banque aux médias
A son échelle, sa réponse est un nouveau journal : « Tribu L’hebdo ». Lancé début septembre, avec des offres d’abonnement à partir de 6 euros par mois, cet hebdomadaire destiné aux 8-12 ans comporte huit pages, avec des textes courts, un thème central, des actus, des BD, des idées de sorties… « C’est un produit qui permet de recréer du lien entre tous les membres de la famille, explique Emmanuel Mounier. Dans le combat pour l’attention, enfants, parents et grands-parents ont tous un rôle à jouer : il faut de la convivialité. »
Avec cette nouvelle publication, le polytechnicien de 53 ans, passé par la banque et l’industrie aéronautique, poursuit son aventure dans l’univers de la presse jeunesse. C’est en 2013 que cet ancien patron de la stratégie de Safran rencontre un des fondateurs de la maison d’édition Quelle Histoire (livres, podcasts), dans laquelle il décide d’investir.
Les problèmes de santé de l’un de ses deux fils, alors en attente d’une greffe de foie, le poussent à repenser ses priorités. En 2014, il rachète Quelle Histoire, puis enchaîne l’année suivante avec l’acquisition de Fleurus Presse (« Astrapi », « Le Monde des Ados », etc.).
Perte du contrat avec Disney
Fort de son expérience managériale dans de grands groupes et de ses convictions sur le besoin d’éducation pour les jeunes, Emmanuel Mounier bâtit à partir de ce socle le groupe UHM, aidé par un mélange de « rencontres fortuites » et d’« opportunités saisies ». Comme en 2019, lors du rachat de Disney Hachette Presse (« Le journal de Mickey », « Picsou Magazine », etc.), ou encore en 2021, avec la création du mensuel scientifique « Epsiloon » – une « fierté particulière » pour ce féru de sciences et d’histoire. L’an dernier, UHM a décroché le contrat de licence pour « National Geographic » en France.
L’annonce en début d’année du retrait de la licence par Disney, qui a choisi Panini pour continuer à publier ses magazines en France, fut un coup dur pour le groupe. Prévue en mars prochain, la fin de ce contrat oblige Emmanuel Mounier à redimensionner ses activités, alors que les Picsou, Mickey et les autres généraient près de la moitié des revenus. Le chiffre d’affaires pro forma (hors licence Disney) s’élève actuellement à 30 millions d’euros.
Un plan social est en cours, avec la suppression prévue d’un peu plus de 35 postes, sur la centaine de salariés que compte l’entreprise. Les coûts de restructuration s’élèvent à environ 2,5 millions d’euros, soit six mois de bénéfices. Le groupe UHM a d’ores et déjà profité de l’été pour déménager et diviser par cinq la surface de ses locaux.
Faire face à la crise de la presse
Ce plan de restructuration intervient à la suite de celui déjà opéré en 2023, après la fermeture de huit titres. Dans un secteur de la presse jeunesse en difficulté, UHM, qui compte à ce jour 340.000 abonnés, tous titres confondus, demeure malgré tout rentable, et devrait le rester après la fin du contrat Disney.
Malgré la perte de la licence, Emmanuel Mounier est déjà à l’oeuvre pour continuer à proposer plus de contenus aux jeunes. Outre le lancement de « Tribu L’hebdo » – réalisé sans recrutement -, UHM vient aussi de reprendre à la barre du tribunal de Dijon une partie des éditions Faton (« Arkéo Junior », « Virgule » et « Cosinus », etc.) pour 33.000 euros.






































