CCFI

En grande difficulté, le dernier fabricant de pâte à papier français dépose un recours contre l’Etat

Le fabricant de pâte à papier Fibre Excellence est en perte à cause de l’électricité qu’il produit, avec la hausse du prix du bois. Il dépose un recours en indemnisation auprès de l’Etat, qui ne veut pas revaloriser le tarif de rachat de l’électricité.

Fibre Excellence contre l’Etat. Le seul fabricant français de pâte à papier marchande vient de déposer un recours administratif en indemnisation auprès du ministère de l’économie et du Premier ministre, préalable à une action devant le tribunal administratif s’il n’obtient pas satisfaction. Cette démarche vise à obtenir une réponse écrite de l’Etat à ses demandes.

L’entreprise de Jackson Widjaja, dont la famille dirige le groupe indonésien Asia Pulp & Paper, a produit 500.000 tonnes de pâte à papier en 2025 dans ses deux usines de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et de Tarascon (Bouches-du-Rhône). Elle emploie 660 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2025.

Elle est en grande difficulté depuis l’an dernier à cause de la revente à perte de l’électricité produite à partir des déchets de bois. Elle a été placée en procédure de conciliation devant le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) en début d’année. La conciliation a été prolongée d’un mois jusqu’au 15 avril, mais le gouvernement refuse toujours de revaloriser le tarif de son électricité.

Pris en étau

Pour équilibrer l’exploitation de la pâte à papier, l’entreprise a investi 85 millions d’euros dans l’installation de centrales de cogénération qui produisent de la vapeur et de l’électricité en brûlant les déchets de bois après l’extraction de la cellulose. Elle a obtenu des contrats de rachat de l’électricité par EDF pendant vingt ans, à partir de 2020 à Saint-Gaudens et de 2024 à Tarascon, à des tarifs de référence de 120 et 105 euros hors taxes, l’Etat versant un complément de rémunération quand le prix de marché est inférieur.

Mais la guerre en Ukraine a entraîné une hausse de 45 % du prix du bois entre 2021 et 2026, alors que le prix de l’électricité est redescendu, lui, à 60 euros le mégawattheure après avoir tutoyé les sommets. Résultat : l’entreprise indique avoir perdu 29 millions d’euros en 2025 avec la revente de l’électricité. Le complément de rémunération fonctionne aussi dans l’autre sens : EDF lui a demandé de rembourser 13,4 millions d’euros fin 2024 pour l’électricité vendue au-dessus de 105 euros, avant de suspendre sa facture.

Dans son recours, Fibre Excellence dénonce aussi la « concurrence déloyale » pour l’achat du bois de la centrale électrique de GazelEnergie (filiale du groupe de Daniel Kretinsky) à Gardanne (Bouches-du-Rhône), passée du charbon à la biomasse. Celle-ci a obtenu un nouveau contrat de rachat de l’électricité en 2024 à un tarif élevé de 250 euros le mégawattheure.

« L’offre de bois est limitée en France et son prix est monté avec les achats de la centrale de Gardanne, déplore Jean-François Guillot, président de Fibre Excellence, qui se plaint aussi de la pénurie de bois. « Les flux ont été déstabilisés ces dernières années : le bois pour l’industrie est utilisé pour la production d’énergie. »

« Une aide illégale de 800 millions »

Le fabricant de pâte à papier estime que le contrat avec GazelEnergie représente « une aide illégale de 800 millions d’euros » sur huit ans, « ce contrat ayant entraîné une rupture d’égalité entre les acheteurs de bois ». Il demande à l’Etat de réviser le tarif de son électricité à 180 euros le mégawattheure pour retrouver l’équilibre. Le ministère de l’Industrie a refusé, en faisant valoir que la révision du tarif de l’électricité doit être votée dans la loi de finances et qu’elle est fragile juridiquement, la revalorisation du tarif de la centrale de Gardanne faisant l’objet d’un contentieux.

Dans son recours, Fibre Excellence estime que la concurrence déloyale de GazelEnergie et la non-revalorisation de son électricité sont des « fautes » qui lui ont causé « un préjudice de 52,3 millions d’euros ». « Nous ne demandons pas un tarif hors sol de l’électricité à 250 euros le mégawattheure mais une indexation sur le prix du bois, précise Jean-François Guillot. Nous avons investi dans la production d’électricité pour développer l’énergie verte et pérenniser l’industrie papetière française. »

L’entreprise espère encore faire bouger la position de l’Etat avec ce recours. En cas d’échec de la conciliation, elle juge le dépôt de bilan inévitable. Elle a mandaté la banque d’affaires Rothschild pour chercher un repreneur. Le ministère de l’industrie lui a proposé le 20 février un plan d’aide de 150 millions d’euros, dont 75 millions de quotas carbone et d’étalement de dettes, et 75 millions de garantie financière pour investir dans la modernisation des usines. L’unité de Tarascon devait se diversifier dans la pâte à papier absorbant, mais l’investissement a été reporté avec les pertes.

Lire : Les Echos du 27 mars

Jean-Philippe Behr

Demande d’adhésion à la CCFI

Archives

Connexion

Demande d’adhésion à la CCFI