Faisant le pari du sans écran pour les enfants, la start-up En Cavale vient de lever 710.000 euros pour ses jeux d’enquêtes interactives. D’autres jeunes pousses de l’écosystème allient le numérique et le retour du papier.
Chaque mois, des enfants reçoivent dans la boîte aux lettres de leurs parents une enveloppe un peu particulière. A l’intérieur, des histoires sous forme d’enquêtes auxquelles ils peuvent répondre, toujours par voie postale. Un jeu, parmi d’autres, développé par la start-up En Cavale.
Leur point commun ? Ils sont faits de papier et de carton. Un pari assumé du « sans écran », à rebours d’un écosystème French Tech largement dominé par le numérique. « L’idée est née du besoin de faire rêver les enfants, si possible loin des écrans. Le jeu est un vecteur de découverte et de confiance en soi, et celui-ci est finalement très intemporel, sur des sujets de science et de magie », détaille Astrid Faure, cofondatrice de la société.
La dirigeante vient de boucler une levée de fonds de 710.000 euros auprès de business angels et en financement participatif. Elle revendique quelque 100.000 abonnés à son jeu d’enquêtes depuis la création de la start-up, en 2018.
« Forme d’authenticité »
Miser sur le papier plutôt que sur le numérique, c’est la folle idée qu’ont aussi eu les fondateurs de Famileo en 2015 pour connecter les familles et notamment les grands-parents. La start-up commercialise des gazettes papier livrées chaque mois, qui chroniquent la vie des familles. Une sorte de boucle WhatsApp, transposée dans le monde réel. Rentable, Famileo revendiquait en 2024 plus de 200.000 familles clientes, pour 1,8 million d’utilisateurs et 14 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Si les seniors sont les destinataires finaux de Famileo, les plus jeunes portent aussi ce retour à l’objet imprimé. C’est le constat dressé par Ana Sculy-Logotheti, à la tête de Cheerz, spécialiste de l’impression et des albums photo. « Il y a une dimension plus affective et précieuse donnée à l’image imprimée. Les jeunes sont ceux qui prennent le plus de photos et on note un retour à une forme d’authenticité d’un monde qu’ils n’ont pas connu », analyse-t-elle.
Ces start-up ont néanmoins dû composer avec la flambée des coûts des matières premières, en particulier du papier et du carton, au début de la guerre en Ukraine, entre 2022 et 2023. Et l’instabilité géopolitique actuelle laisse planer la menace de nouvelles secousses. Famileo a, par exemple, en partie rogné sur sa marge pour absorber la flambée du papier et garder un prix bas côté consommateur.
Flambée des coûts
« Le prix est le critère le plus important pour nos acheteurs. On fait très attention, certains produits ont augmenté certaines années », poursuit Ana Sculy-Logotheti, dont le laboratoire d’impression est situé à Gennevilliers (Hauts-de-Seine).
Cheerz, qui compte 5,8 millions de clients, principalement en France, et ne dévoile pas son chiffre d’affaires, indique miser sur la « recherche permanente d’amélioration dans la production » pour compenser les coûts, comme en réduisant les découpes ou la gâche papier.
Même logique chez En Cavale, dont les jeux sont à 95 % fabriqués en France. « On a réussi à absorber les coûts en étant assez malin et en jonglant avec les processus créatifs », explique Astrid Faure, dont le dernier exercice s’est établi à 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires. Par exemple : changer certains cartons, adapter les formes de découpe et les rendre moins complexes…
Romans-feuilletons
Pour autant, papier ne rime pas avec immobilisme. Cheerz cherche par exemple à développer davantage d’outils de retouche photo pour ses utilisateurs avant l’impression, grâce notamment à l’intelligence artificielle.
En Cavale, pour sa part, vient de se lancer sur le créneau des adultes, en proposant une expérience alternative à la lecture. Il s’agit d’une histoire originale, écrite avec une auteure lyonnaise, découpée en six épisodes et livrée chaque semaine dans la boîte aux lettres.
Une manière de remettre au goût du jour les romans-feuilletons. Ces histoires, publiées par épisode dans les journaux, ont révélé certains grands auteurs comme Emile Zola ou Honoré de Balzac. Elles étaient très populaires au XIXe siècle.






































