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Instagram, Facebook : Meta signe un chèque de 18 milliards pour clore un procès historique sur le danger des réseaux sociaux pour les mineurs

Le groupe de Mark Zuckerberg a préféré transiger avec les Etats qui l’accusaient d’avoir conçu des réseaux sociaux dangereux pour les mineurs. L’accord prévoit de brider l’usage des applications et pourrait concerner aussi ses concurrents TikTok et YouTube.

Meta évite l’infamie de la condamnation tant espérée par les parents de centaines d’enfants et d’adolescents suicidés. Accusé d’avoir conçu des réseaux sociaux addictifs et dangereux pour les jeunes utilisateurs, le propriétaire d’Instagram et Facebook a préféré transiger après cinq jours de procès à Oakland (Californie). Il se dit prêt à verser environ 18 milliards de dollars de dédommagement aux Etats américains qui avaient mené la charge judiciaire.

Même aux Etats-Unis ou ce type d’accord est courant, le montant détonne. En contrepartie, le groupe de Mark Zuckerberg a obtenu la fin des poursuites et sort de ce procès sans avoir à admettre le moindre tort. Les Etats vont de leur côté pouvoir obliger Meta à réviser son application pour parer en partie les risques concernant les mineurs aux Etats-Unis : par défaut, les moins de 18 ans ne pourront pas se connecter plus de deux heures par jour. Les compteurs de « like » seront aussi masqués.

Par ailleurs, le groupe devra implémenter un « mode nuit » qui barrera l’application entre minuit et six heures du matin et un « mode école » qui désactivera les notifications entre 8 et 15 heures, l’horaire de cours aux Etats-Unis. La messagerie n’est pas concernée par ces limites. Ces paramètres ne pourront pas être désactivés sans autorisation parentale.

Fonctionnalités très peu déployées dans les faits

Le danger des réseaux sociaux pour les mineurs avait éclaté au grand jour après les révélations en 2021 de la lanceuse d’alerte Frances Haugen. En interne, des études de Meta attestaient de conséquences néfastes de l’usage des réseaux sociaux, particulièrement sur la santé mentale des jeunes filles entraînées dans une spirale d’insatisfaction face à un flot incessant d’images de perfection. Au nom de la protection des consommateurs, de très nombreux Etats américains avaient ensuite porté plainte.

Face à la menace d’une amende à 200 milliards de dollars et digne de celle qui avait sanctionné l’industrie du tabac dans les années 1990, Meta a changé de posture. Convoquant des cadres d’Instagram, d’anciens salariés chargés du « bien-être » sur l’application et des psychologues, le procès dressait le portrait d’une entreprise qui rechignait à mettre en place des brides de son plein gré, par crainte des effets sur l’audience de l’application et sur son efficacité publicitaire.

Certes, Instagram avait dans le passé déjà pris des mesures pour limiter le temps d’écran des adolescents. Mais ces fonctionnalités étaient très peu déployées dans les faits. Moins de 2 % des mineurs avaient ainsi activé le rappel « faite une pause » avant qu’il ne soit paramétré par défaut sur les comptes adolescents après la plainte des Etats. « C’est comme s’il fallait activer l’airbag chaque fois qu’on monte en voiture », avait critiqué l’ancien consultant de Meta, Arturo Bejar, devant les jurés.

Attendu au procès, Mark Zuckerberg n’aura pas eu le temps de venir témoigner. En costume noir et lunettes à monture dorée, le directeur général d’Instagram, Adam Mosseri, est en revanche venu plaider la bonne foi du groupe. En somme, Meta n’aurait jamais cessé d’essayer d’améliorer ses outils. « Il n’y a pas de recettes miracle pour ces problèmes », a-t-il souligné.

Un accord sectoriel

De fait, d’autres réseaux comme TikTok et Youtube sont confrontés aux mêmes questions et font également face à des poursuites judiciaires de la part des Etats américains. Pas plus tard que la semaine dernière, TikTok a accepté de payer jusqu’à 400 millions de dollars pour solder des accusations de l’autorité de protection des consommateurs (FTC) au sujet d’une collecte illégale de données d’enfants.

Les concurrents de Meta sont d’ailleurs eux aussi invités à signer l’accord avec les Etats. Dans l’immédiat, Meta est prêt à verser 70 % du paiement mais conditionne le solde au versement par TikTok et Youtube d’un total de 5,3 milliards de dollars supplémentaires. En échange, ils obtiendraient l’abandon des poursuites qui les concernent. Ils devront également contraindre les mineurs à une limite quotidienne d’une heure et un à un « mode nuit » sur leurs applications.

Mais Meta et ses rivaux n’en ont pas fini avec la justice. Des milliers de plaintes de particuliers sont toujours en attente de jugement, après une première victoire d’une jeune femme en début d’année.

Lire : Les Echos du 26 août

Jean-Philippe Behr

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