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Le kiosque en ligne Cafeyn acquiert Blendle

Les lecteurs sont prêts à payer un abonnement global pour la presse, comme ils le font pour la musique : c’est le pari du groupe français Cafeyn, qui a acheté ses concurrents SFR Presse et Blendle pour former un « leader européen » du « streaming de l’information ». « Un Spotify de la presse en ligne est-il en train d’émerger dans la French Tech ? On ne peut que le souhaiter », a salué Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, sur Twitter. Blendle, avait lancé en 2014 la possibilité de payer des articles à l’unité, attirant plus de 1,5 million d’utilisateurs enregistrés aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Autriche et aux États-Unis. La société avait fait entrer à son tour de table le New York Times et le géant allemand des médias Axel Springer et s’était tournée vers un modèle d’abonnement mensuel à dix euros par mois.

 

Cafeyn, fondée en 2006 sous le nom LeKiosk, propose aussi un abonnement à 9,99 euros par mois, avec un accès à plus de 1 600 titres de presse (journaux et magazines), en version PDF ou article par article. Cafeyn compte désormais deux millions d’utilisateurs, avec les 80.000 abonnés de Blendle. Le groupe compte désormais 150 salariés dont 90 en France. « Il n’y a pas d’autre agrégateur qui ait une position identique à la nôtre », a déclaré à l’AFP Ari Assueid, président et actionnaire majoritaire du groupe Cafeyn. « Nos principaux concurrents sont les Gafa. Apple a un service semblable, Google s’y intéresse ».

 

Cafeyn a convaincu 500 éditeurs

 

Si cette solution est « encore peu connue du grand public », Cafeyn « a une position très développée en France et l’ambition de construire un champion plus international », souligne le président de Cafeyn. Le groupe, « en croissance », « essaie d’avoir un modèle d’affaire qui atteigne la rentabilité ». Ari Assueid dit également s’engager dans un « enjeu démocratique » pour que tout le monde ait accès à une majorité d’articles, quel que soit l’éditeur. Pour trouver des lecteurs, Cafeyn s’est surtout appuyé sur opérateurs (notamment Bouygues Telecom, Free ou Canal+ en France). Le groupe a acquis fin mai auprès d’Altice son kiosque SFR Presse, qu’il a remplacé cette semaine.

« Les utilisateurs de Cafeyn ont plutôt une logique où ils picorent le contenu » de la presse, souligne Ari Assueid. Ils lisent une vingtaine de titres par mois en moyenne ; les lecteurs du Figaro n’y consultent le journal que cinq fois par an en moyenne. Alors que la presse écrite cherche le modèle économique qui lui fera traverser la crise, Cafeyn a convaincu 500 éditeurs comme Prisma, L’Equipe, Le Figaro ou Elle de lui confier leurs titres. La société leur reverse une somme à chaque fois qu’un lecteur ouvre un journal. Certaines maisons résistent, comme Le Monde, préférant attirer des abonnés sur leurs propres offres. « Ils se ferment la possibilité d’avoir des lecteurs occasionnels », regrette Ari Assueid. Blendle n’avait pas réussi son pari, accusant une perte de 3,2 millions d’euros en 2018. Il devait atteindre 100.000 abonnés payants pour être à l’équilibre, mais n’en a séduit que la moitié.

 

En France aussi, la startup Articly s’était lancée avec l’idée de vendre des articles à l’unité. Elle s’est arrêtée en 2017, écrasée par l’offre de SFR Presse. « Les investisseurs financiers de Blendle étaient arrivés au bout de leur cycle d’investissement », selon Ari Assuied. « On a pris l’initiative. On leur a présenté un projet commun de développement ». « Bien sûr, j’aurais adoré conquérir la Lune avec un petit club rebelle », a déclaré le jeune fondateur de Blendle, Alexander Klopping, au journal hollandais De Volksrant. « En même temps, je suis fier de l’avoir vendu à un partenaire international, ce qui signifie que nous serons actifs beaucoup plus rapidement dans des pays comme l’Italie, la France et l’Espagne (…) Je souhaite accélérer la transition numérique du journalisme de qualité, avant que les grandes entreprises comme Facebook et Google ne s’impliquent ». Cafeyn va également reprendre l’algorithme de recommandation et les activités audio qu’avaient développé Blendle, permettant d’écouter des articles.

 

Lire : CBNews du 24 août

 

Jean-Philippe Behr

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