CCFI

L’éditeur français de « Picsou magazine » et « Le Journal de Mickey » perd sa licence

Disney met fin à sa collaboration avec l’éditeur d’une quinzaine de ses magazines en France. Cette décision va entraîner une restructuration et sans doute de nombreux départs.

Le choc est rude. Disney a décidé de retirer à l’éditeur français Unique Heritage Media (UHM) sa licence pour la publication de titres comme « Picsou Magazine » et « Le Journal de Mickey », où on trouve les bandes dessinées de ses célèbres personnages.

« C’est une grosse déflagration pour mon entreprise », confie aux « Echos » Emmanuel Mounier, fondateur et directeur général d’UHM. Ayant pris acte d’une décision qu’il qualifie d’« incompréhensible » et « unilatérale » de la part de Disney, l’entrepreneur a dû annoncer lundi à ses salariés la mauvaise nouvelle. La licence avec le géant américain s’arrêtera en mars prochain.

Restructuration massive

Cela va entraîner une restructuration massive à l’échelle d’UHM, qui génère environ 52 millions d’euros de chiffre d’affaires sur base annuelle et était jusque-là rentable. Or, les magazines Disney représentent environ 50 % de ses revenus. Contactée, la filiale française de Disney n’a pas souhaité faire de commentaire.

Perdre la licence avec Disney obligera cet éditeur parisien, qui emploie une centaine de personnes, à se séparer de la moitié de ses effectifs, essentiellement des journalistes. Des équipes qui travaillent sur les traductions, les maquettes et la rédaction des contenus locaux (infos, activités en famille, sorties, etc.) des éditions tricolores de ces BD.

Pour autant, les fans français ne devraient pas rester orphelins de cette quinzaine de titres issus de l’univers Disney, dont certains existent depuis des décennies. On peut imaginer que Disney finisse par confier sa précieuse licence à un autre éditeur…

Délai supplémentaire

« La plupart des éditeurs travaillent avec Disney pendant des dizaines d’années », constate Emmanuel Mounier. Au départ, la licence avec Disney devait s’arrêter en septembre 2026, mais, il y a six mois, cet éditeur avait reçu un préavis « sans motivation » sur l’arrêt du contrat. Ensuite, des négociations s’engagent mais n’aboutiront pas à un renouvellement.

Même si UHM a obtenu six mois de délai supplémentaire, jusqu’en mars 2027, « sortir en bon ordre de l’exploitation de ces produits est une gageure », souligne Emmanuel Mounier, qui assure avoir proposé une hausse significative de la licence payée à Disney.

Il revendique aussi le développement insufflé par son entreprise aux magazines Disney en France : en 2025, leur chiffre d’affaires a augmenté de 2 % dans un marché baissier pour la presse papier. « Et les revenus de la gamme ‘Picsou’ sont en hausse de 35 % par rapport à 2019 », insiste-t-il.

Bons résultats commerciaux

Cette année-là, UHM avait acheté Disney Hachette Presse auprès des groupes Disney et Lagardère, tout en signant une prolongation pendant sept ans de son contrat de licence. En dépensant à l’époque près de 10 millions d’euros, UHM s’était ainsi doté de licences Disney exploitées aux quatre coins du monde, souvent par des éditeurs tiers.

Depuis une dizaine d’années, l’entreprise d’Emmanuel Mounier s’était développée autour des publications à destination des jeunes et des familles. A côté des magazines Disney, UHM est aussi actif dans l’« edutainment » avec notamment les titres de Fleurus Presse (« Pirouette », « Abricot », « Je lis déjà ! », etc.), rachetés en 2015, et des start-up comme Quelle Histoire et Pili Pop Labs. Depuis 2021, UHM édite aussi le magazine scientifique « Epsiloon » et a repris récemment à Prisma la licence française pour « National Geographic ».

« Il n’y aura pas d’impact pour les autres activités de UHM qui sont rentables et fonctionnent bien », indique Emmanuel Mounier, qui promet qu’UHM restera « rentable et solide » dans les années à venir. Mais à court terme, tourner la page Disney implique une restructuration avec un « impact exceptionnel » dans ses comptes. 

Lire : Les Echos du 17 mars

Jean-Philippe Behr

Demande d’adhésion à la CCFI

Archives

Connexion

Demande d’adhésion à la CCFI