Alors que de nombreux secteurs économiques s’efforcent de réduire leur empreinte carbone, le numérique continue de suivre une trajectoire inverse. Les dernières données publiées par l’Arcep dans l’édition 2026 de son enquête annuelle “Pour un numérique soutenable” confirment une tendance préoccupante : les émissions de gaz à effet de serre liées aux infrastructures numériques poursuivent leur progression, portées notamment par l’explosion des centres de données et la croissance continue des usages numériques.
Cette hausse s’explique d’abord par l’augmentation constante des volumes de données échangées. Streaming vidéo, stockage dans le cloud, multiplication des services en ligne et développement rapide de l’intelligence artificielle nécessitent toujours plus de capacités de calcul et de stockage. Les centres de données, véritables usines du numérique, voient ainsi leur consommation électrique croître fortement. En France, leur consommation d’électricité a augmenté de 38 % en trois ans et leurs émissions de gaz à effet de serre ont progressé de 23 % sur la seule année 2024.
L’essor de l’intelligence artificielle constitue un nouveau facteur d’accélération. L’entraînement et l’utilisation des modèles d’IA exigent des puissances de calcul considérables, alimentant la course à la construction de centres de données toujours plus grands et plus énergivores. Cette évolution inquiète désormais les régulateurs, qui redoutent un rebond durable des émissions du secteur.
Parallèlement, la multiplication des équipements numériques pèse lourdement sur le bilan environnemental global. Smartphones, ordinateurs, téléviseurs et autres objets connectés mobilisent d’importantes quantités de matières premières et d’énergie lors de leur fabrication. L’Arcep souligne régulièrement que l’augmentation du nombre d’équipements et de leur taille constitue l’un des principaux moteurs de l’impact environnemental du numérique.
Ces constats rappellent qu’une activité numérique n’est jamais « immatérielle ». Derrière chaque courriel, chaque vidéo ou chaque document stocké en ligne se trouvent des infrastructures physiques, des équipements électroniques et une consommation croissante de ressources. Un “numérique soutenable” doit prendre en compte l’usage de supports de communication alternatifs. Le papier conserve alors toute sa pertinence lorsqu’il permet de limiter certains usages numériques, de réduire les besoins de stockage ou d’éviter des consultations répétées sur écran. La transition écologique passe aussi par une réflexion équilibrée sur les usages, loin de l’idée selon laquelle le numérique serait systématiquement la solution la plus vertueuse.






































