Une entreprise peut-elle être responsable ? Guillaume Vuillemey, professeur de finance à HEC, auteur de Sociétés à responsabilités très limitées (L’Aube, 2026) ne répond pas d’emblée par la négative à cette question. Il existe bien des modèles d’entreprise responsables, mais, à le lire, une telle qualité ne peut s’épanouir qu’ancrée au sein d’un pays et d’une communauté sociale. L’auteur rend ainsi un bel hommage au courant paternaliste et au catholicisme social, qui ont tenté au XIXe siècle de penser la responsabilité des dirigeants au sein d’un tissu social local. A contrario, il n’a pas de mots assez durs envers les groupes pratiquant une responsabilité abstraite et, globalement, le mouvement de « déterritorialisation » des grandes entreprises.
Cette deuxième voie s’est développée aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, à l’ère des barons voleurs. De riches pages retracent ainsi l’avènement de ces multinationales gigantesques, les mouvements de contestation et les batailles juridiques dont l’issue explique, selon l’auteur, une grande part des malheurs du capitalisme contemporain. Guillaume Vuillemey se fait critique de l’évolution des sociétés anonymes, et de leur lente émancipation du politique. « Dès lors que les sociétés commerciales peuvent être des personnes à part entière, elles peuvent s’extraire de tout ce qui les tenait enserrées dans un milieu social particulier », regrette l’enseignant…






































