Le banquier d’affaires a déposé une lettre d’intention en soutien de l’offre de reprise portée par la direction du dernier fabricant français de pâte à papier commerciale, en redressement judiciaire.
Matthieu Pigasse s’intéresse à Fibre Excellence. Selon nos informations, le banquier d’affaires a envoyé mardi au tribunal de commerce de Toulouse une lettre d’intention pour soutenir le projet de reprise du fabricant de pâte à papier, en redressement judiciaire depuis le 27 avril. Le tribunal examinait ce mercredi l’unique offre de reprise déposée par la direction française de l’entreprise, après le retrait de son actionnaire indonésien Jackson Widjaja. Il a reporté l’audience au 6 juillet après cette nouvelle proposition.
D’ici là, la direction améliorera son offre avec le nouvel investisseur, qui n’a déposé qu’une lettre d’intention et non une offre ferme. La motivation de l’homme d’affaires français, qui songerait à se présenter à l’élection présidentielle, réside dans le maintien des dernières compétences industrielles françaises dans la production de pâte à papier commerciale. D’autres investisseurs, notamment industriels pourraient venir renforcer cette offre de reprise. Contacté par « Les Echos », Matthieu Pigasse n’a pas souhaité commenter ces informations.
Souveraineté
La direction et les syndicats n’ont pas dévoilé le montant de l’investissement prévu. Ni l’identité de l’investisseur mystère venu soutenir le projet de reprise en dernière minute. « C’est un investisseur français très intéressé par la souveraineté de l’industrie papetière », a indiqué Jean-François Guillot, directeur général de Fibre Excellence. « On sort du tribunal avec le sourire. […] L’offre portée par la direction est soutenue par cet investisseur », s’est félicité Cédric Bye, délégué CGT de l’usine de Saint-Gaudens. « Ça remet le projet industriel sur les rails », a souligné Thomas Petreault, le directeur des affaires publiques.
La direction de Fibre Excellence a présenté mercredi l’unique projet de reprise des deux usines de pâte à papier de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et de Tarascon (Bouches-du-Rhône) à l’arrêt depuis la mi-avril, et de l’ensemble des 670 salariés. Malgré l’arrivée d’un investisseur financier, Jean-François Guillot souligne qu’ « il faut encore trouver une entente avec le gouvernement pour lever les conditions suspensives à notre offre ». Il demande notamment « une indexation du prix de l’électricité produite sur le prix d’achat du bois ».
La fabrication de pâte à papier seule n’étant pas rentable, Fibre Excellence produit aussi de l’électricité en brûlant les déchets de bois. Mais la guerre en Ukraine a fait grimper le prix du bois de près de 50 % et l’entreprise a perdu 30 millions d’euros en 2025 pour un chiffre d’affaires de 300 millions. Elle demande donc une revalorisation des tarifs actuels de 105 euros le mégawattheure à Tarascon et 120 euros à Saint-Gaudens, en les portant « à 158 et 167 euros le mégawattheure pour couvrir le coût de production ». Bercy a accepté d’augmenter les tarifs de rachat de l’électricité de 20 % dans la future loi de finances, mais la proposition a été jugée insuffisante.
Les deux régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur soutiennent le projet de reprise en apportant 8 millions d’euros de fonds propres, et des investisseurs extérieurs fourniraient la même somme. Mais l’entreprise a « besoin de 60 millions d’euros pour relancer les activités ». Elle espère obtenir « une poche de financement de 45 millions sur les actifs industriels », loués ou gagés.
Une offre jugée irréaliste par Bercy. « Les porteurs du projet n’apportent eux-mêmes aucun financement nouveau et leur scénario de redressement repose sur des hypothèses particulièrement fragiles », avait déploré, vendredi dernier, le ministère de l’industrie. Reste à savoir si l’arrivée de Matthieu Pigasse est en mesure de changer la donne…






































