Faute de financements, le Centre de transcription et d’édition en braille de Toulouse, dernière imprimerie de livres en braille du pays, est menacé de fermeture. Sa directrice alerte sur les conséquences pour les personnes aveugles et malvoyantes.
Alors que la France célèbre, en 2025, les 200 ans d’existence du braille, à Toulouse, l’ambiance est loin d’être à la fête. Le Centre de transcription et d’édition en braille (CTEB), unique imprimerie braille encore en activité pour la transcription de livres dans l’Hexagone, tire la sonnette d’alarme.
12 salariés et 60 bénévoles
Pourtant, rappelle-t-elle, ce système d’écriture reste “le seul véritable sésame” vers l’éducation, l’emploi et l’autonomie des personnes malvoyantes ou aveugles. Mais produire un livre en braille est un luxe : entre 700 et 900 € l’exemplaire. “On ne peut évidemment pas vendre un roman à ce prix-là”, insiste-t-elle, alors depuis 2023, l’association a décidé d’un geste fort : vendre les livres au même prix que ceux en librairie. Et un gouffre financier s’ouvre.
Selon la directrice, il manque 300.000 euros par an pour répondre correctement à la demande nationale. Une somme “minime” à l’échelle de l’État, plaide-t-elle. Elle avance même une solution : augmenter de dix centimes le prix de chaque livre vendu en France pour financer l’édition adaptée. “De quoi soutenir toutes les structures qui, comme nous, travaillent à rendre la lecture accessible”, selon Adeline Coursant.
L’association toulousaine espère que des fondations, des mécènes, ou le ministère de la Culture entendront leur appel, pour l’instant resté sans réponse.
“C’est mettre les personnes déficientes visuelles en situation d’illettrisme”
Si le centre ferme, plus aucune imprimerie braille papier n’existera en France. “Les médiathèques ne seront plus alimentées, et les lecteurs devront se tourner vers l’étranger”, alerte la directrice du CTEB. Douze salariés et soixante bénévoles seraient touchés. Et surtout, des milliers de lecteurs aveugles n’auraient plus accès qu’aux seuls livres audio, “ce qui ne permet pas d’apprendre l’orthographe”, rappelle-t-elle, “c’est aussi mettre les personnes déficientes visuelles en situation d’illettrisme.”
Dans les bureaux du centre, Céline, transcriptrice salariée depuis sept ans, continue pourtant d’y croire. “On ressent la menace, mais on espère une vraie mobilisation autour de l’édition adaptée.”
Chaque année, elle et son collègue sélectionnent environ 200 titres parmi les sorties littéraires. Trois semaines de travail sont nécessaires pour transformer un roman en ouvrage braille, relu ensuite par des bénévoles malvoyants pour garantir la qualité.
Avec 2.700 références au catalogue et un savoir-faire unique en France, le centre espère encore être entendu. “Il faut sauver cette imprimerie” , martèle la directrice. Sinon, c’est un pan entier de l’accès à la culture qui risque de disparaître.






































