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À l’approche de Noël, le marché du livre lancé dans un sprint final pour sauver l’année

En dépit d’une conjoncture morose, les ventes de livres ont bien résisté depuis le début de l’année. Les prochains jours vont être décisifs pour le marché avec les fêtes de fin d’année, un moment crucial aussi bien pour les éditeurs que les libraires.

C’est l’heure « H » pour de nombreux éditeurs et pour toutes les librairies de France et de Navarre. A l’approche des fêtes de fin d’année toujours cruciales pour le secteur du livre, de nombreux Français se ruent dans les magasins en quête de cadeaux à déposer sous le sapin. « Le livre reste un cadeau de Noël privilégié, expose Guillaume Allary, à la tête des éditions Allary. Mais il y a plus de pression qu’avant, car les achats sont désormais condensés sur les deux ou trois derniers week-ends avant Noël quand c’était plus étalé il y a quelques années. »

Pour l’heure, le secteur a fait oeuvre de résistance, en dépit des incertitudes macroéconomiques et des problématiques de pouvoir d’achat. Entre le 1er janvier et le 16 décembre, les ventes de livres ont diminué de 1,4 %, en volume, par rapport à la même période en 2024, selon l’Observatoire de la librairie. En valeur, le marché est presque à l’équilibre (-0,3 %) grâce à l’effet de la hausse des prix qui s’est établie, en moyenne, à 1,1 %.

« La Femme de ménage », toujours au sommet

« Ces chiffres masquent des situations très disparates. Les librairies installées dans des villes moyennes ou petites sont plus à la peine et accusent une baisse moyenne de 4 % de leur chiffre d’affaires », pointe Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF), dont les adhérents pèsent plus des trois quarts du chiffre d’affaires national des librairies indépendantes.

Pesant 30 % de ce marché, la littérature générale grimpe de 3,2 %, en valeur, sur un an. De son côté, le polar affiche une hausse de 2,7 %. Si ces deux genres sont très en forme, ils le doivent notamment aux ventes toujours prolifiques des nombreux livres de la franchise « La Femme de ménage » classés pour les deux tiers en polar et le reste en littérature générale par l’Observatoire de la librairie. A contrario, les BD et les mangas continuent leur recul, avec des baisses respectives, en volume, de 3,1 % et 11,6 %.

« Cela ne va pas être une mauvaise année »

« ‘La Femme de ménage’, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, voire la déforestation », illustre Véronique Cardi, PDG des éditions JC Lattès, qui ont tiré leur épingle du jeu en 2025 avec « Les éléments » de John Boyne (vendu à 33.000 unités) et « Secret des secrets » de Dan Brown (près de 200.000 ventes). « Cela ne va pas être une mauvaise année pour l’édition. Il reste encore quelques journées décisives et je suis optimiste quand je vois que les livres récompensés par des prix littéraires très prescripteurs se vendent bien alors que leur prix est élevé », précise-t-elle. Ce qui va mécaniquement avoir un effet valeur sur le marché.

Vendu 25 euros, le dernier Goncourt, « La maison vide » de Laurent Mauvignier, s’est déjà vendu à 367.000 exemplaires. Depuis 2019, les livres primés par ce prix se sont écoulés, en moyenne, à 384.000 unités (en grand format) lors de leur première année d’exploitation, selon NielsenIQ GfK.

L’autre aspect positif pour le marché, c’est que ces ouvrages primés font aussi office de locomotive : les lecteurs se déplaçant en librairie pour se les procurer en ressortent généralement avec plusieurs livres sous le bras. Un rôle joué aussi par le nouvel album d’Astérix, « Astérix en Lusitanie », qui s’est écoulé à 1,45 million d’exemplaires depuis sa parution fin octobre. Ou encore, à une moindre échelle, le tome deux du manga « Instinct » d’Inoxtag (151.000 ventes depuis sa sortie fin novembre).

Le phénomène Adèle Yon

« Pour les livres de fond, le démarrage met plus de temps, de même que l’effet du bouche à oreille, note Guillaume Allary qui a notamment publié « Le grand détournement » de Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, vendu à plus de 30.000 unités. Il y a tellement de canaux de diffusion et de moyens de s’informer qu’il n’y a plus un programme ou une émission qui permettent de lancer un livre d’un seul coup. C’est plus dur qu’avant, il faut être présent un peu partout et être patient ».

Une tendance qui n’a pas empêché les premiers livres de Ramsès Kéfi ( « Quatre jours sans ma mère » ou de Mathilda di Matteo (« La bonne mère ») d’émerger pendant la dernière rentrée littéraire.

Sorti en toute discrétion en début d’année, le phénomène « Mon vrai nom est Elisabeth » de la primo-romancière Adèle Yon a, lui, franchi le cap des 200.000 exemplaires vendus. « C’est un vrai phénomène de librairie », relève Véronique Cardi. Bien qu’ardu et embouteillé, le marché du livre demeure un espace où les surprises restent encore possibles.

Lire : Les Echos du 21 décembre

Jean-Philippe Behr

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