L’agrément temporaire accordé récemment au site Var Actu, soupçonné d’utiliser massivement l’IA pour produire ses contenus, alimente un débat qui va croissant. L’instance permettant d’accéder à des aides pour la presse cherche à mieux encadrer les pratiques.
Des sites générés par IA pourraient-ils être passés entre les mailles du filet et bénéficier d’aides à la presse ? C’est l’une des questions qui agite le secteur depuis quelques mois. L’un des déclencheurs récents a été l’agrément accordé à Var Actu, fin novembre, par la CPPAP (Commission paritaire des publications et agences de presse), ainsi que la qualification « IPG » pour une période de six mois.
Ce site du sud de la France avait été soupçonné d’utiliser massivement l’IA et avait d’ailleurs été éconduit par la CPPAP l’été dernier. S’il se défendait au printemps dans nos colonnes d’utiliser l’IA dans la rédaction des articles, Var Actu était notamment pointé du doigt par « Var-Matin », titre de presse régionale, pour des reprises d’informations en très peu de temps. Des mises en demeure avaient été adressées par « Var-Matin » qui restera très vigilant.
Faisceau d’indices
Toutefois, comme le relatait « La Correspondance de la presse », la présidente de la CPPAP, Laurence Franceschini, a fait jouer sa voix prépondérante pour accorder cet agrément pour une période temporaire et lancer une enquête pour vérifier le traitement journalistique. « Si on décide de ne pas donner un agrément, il faut être solide sur le plan juridique », explique-t-elle aux « Echos ».
Et c’est toute la problématique à laquelle se heurte la Commission, qui est un sésame pour bénéficier d’aides à la presse, d’avantages et de TVA à taux réduits. La CPPAP a lancé un groupe de travail sur l’IA, qui va analyser les outils de détection ou encore les critères d’utilisation de l’IA. « Cette question ne nous a pas échappé, mais encore faut-il détecter ce qui est généré par IA », souligne la conseillère d’Etat. Des indices sont déjà pris en compte comme une production très importante des journalistes, en cascade, et disproportionnée par rapport à la taille du « média ».
Plus globalement, la CPPAP a adopté des lignes directrices pour prendre en compte la nouvelle réglementation, prévoyant qu’il y ait des journalistes professionnels dans des médias, sauf cas très particuliers dans la presse professionnelle, notamment.
Des obligations de transparence
Toujours est-il que la CPPAP marche sur des oeufs : il n’est pas question d’empêcher l’utilisation des outils d’IA, de plus en plus courants dans les rédactions, mais il faut en même temps « qu’il y ait une vraie patte journalistique », rappelle Laurence Franceschini.
Mais des « petits malins » tentent le « coup ». « J’ai vu autour de 10 % à 15 % de dossiers en 2025 qui candidataient pour des fonds d’aide aux entreprises de presse émergentes et qui semblaient être largement générés par IA. Certains avaient l’agrément CPPAP, d’autres non », explique Emmanuel Parody, consultant.
Pour le spécialiste, il est nécessaire d’avoir une doctrine pour l’ensemble de l’industrie, pour voir ce qui est acceptable ou pas dans l’utilisation de l’IA. « Toutes les sources d’information ne se valent pas », assume-t-il.
Quoi qu’il en soit, le secteur devrait pouvoir avoir plus de clarté avec la réglementation européenne. « Il va y avoir des obligations de transparence sur les contenus générés par IA, y compris des médias utilisant l’IA, avec l’AI Act, même si l’entrée en vigueur a été reportée de quelques mois, en 2027 », note Julien Guinot-Deléry, avocat chez Gide.






































