Les médias craignent la débandade avec l’arrivée d’AI Overviews.
D’ici à fin août, Google proposera un résumé généré par IA à la suite de certaines requêtes faites sur son moteur de recherche. Une innovation qui effraie les médias.
Les Français étaient les derniers Européens à ne pas avoir accès à AI Overviews, ce fameux résumé proposé par Google qui condense les réponses présentes sur Internet. Cela sera fait au cours de l’été, a annoncé le géant américain, et plus précisément d’ici à la fin du mois d’août. Une innovation qui effraie un bon nombre de sites, et en particulier les titres de presse qui dépendent dans l’immense majorité des revenus publicitaires indexés sur leur audience.
« On ne sait pas si l’impact sera fort, très fort ou catastrophique », s’alarme Ronan Leclercq, directeur général de la branche médias du groupe Télégramme. « Google crawle depuis toujours nos sites pour nous envoyer du trafic. Il a ainsi construit un index commun qui sert maintenant à nourrir Gemini. Résultat, ils nous l’ont bien mise à l’envers », peste un autre patron de la presse régionale, qui a souhaité garder l’anonymat.
Baisse de 30 % du trafic
Tous les médias interrogés anticipent une baisse du trafic provenant de Google d’environ 30 %. Selon l’étude de Pew Research Center de 2025, la baisse pourrait être encore plus forte : en présence du fameux texte proposé par IA, les internautes cliquent deux fois moins sur les liens proposés en dessous par Google. Et même si le résumé contient lui-même des liens, il semble si bien répondre à la requête que seul 1 % clique sur l’un d’entre eux.
Une annonce qui vient créer un peu plus le trouble au sein d’une presse française fragilisée. Ces derniers mois, le secteur a connu une valse de plans sociaux : 400 postes supprimés dans le groupe Ebra, 261 chez Prisma Media, 132 chez CMI France ou encore 152 dans le groupe Centre France.
La sortie dans l’Hexagone de ces fonctionnalités était retardée par des engagements pris par Google auprès de l’Autorité de la concurrence, qui créaient une incertitude réglementaire quant à la possibilité de lancer AI Overviews mais aussi AI Mode, la nouvelle version conversationnelle du moteur de recherche.
Top départ des négociations
Pour rassurer l’Autorité, Google a promis aux éditeurs de presse la possibilité de refuser l’indexation au sein de ces nouvelles fonctionnalités, sans impact sur le référencement naturel. Leur participation déclenchera des droits voisins à partir du moment où plus qu’un court extrait de leurs articles sera affiché dans le résumé (visible lors du survol des liens par la souris) ou que leurs articles seront affichés dans l’encadré proposé à droite pour aller plus loin.
Google a envoyé ces conditions ce lundi par e-mail aux 450 éditeurs de presse, prenant de court une partie d’entre eux qui n’avaient pas anticipé une sortie aussi imminente. Un e-mail qui fait office de top départ pour le début des négociations formelles, après des mois de discussions, pour les titres de presse qui souhaitent être indexés.
Mais ce mardi, les négociations ne semblent pas démarrer sous les meilleurs auspices. Certains patrons de presse poussent des cris d’orfraie, quand d’autres ne comprennent pas « comment Google pourrait augmenter les droits voisins versés à un titre, dont le calcul se base sur l’audience du site… qui va vraisemblablement baisser sous l’effet d’AI Overviews », s’interroge l’un d’entre eux.
« Quelle industrie survivrait au pillage quotidien de sa production ? »
« Plusieurs acteurs de l’IA ont déjà montré qu’ils étaient capables d’avancer en respectant le cadre légal et en signant des accords, ce qui est notre souhait au groupe Le Monde, alors j’espère que Google, qui a accompagné depuis des années l’évolution du secteur en tenant compte, parfois avec retard, des besoins des éditeurs, fera de même », tance Louis Dreyfus, président du directoire du groupe.
En effet, le groupe Le Monde a déjà signé, de son côté, des accords avec OpenAI, Meta et Perplexity. « Si Google venait à partir sans accord, il prendrait le risque d’un nouveau contentieux », ajoute-t-il dans une menace à peine voilée. Pour rappel, en France, Google a écopé en 2024 d’une amende de 250 millions d’euros pour non-respect sur les droits voisins, et 126 millions pas plus tard que ce mardi pour pratiques anticoncurrentielles sur la publicité.
Comme « Le Monde », peu de médias souhaitent être exclus des réponses fournies par Gemini, ChatGPT ou autre Claude, avouant que ces nouveaux usages s’inscrivent dans le sens de l’histoire. « Mon seul souci est d’obtenir une rémunération correcte pour l’utilisation de nos données », martèle Ronan Leclercq du « Télégramme ». Et de rappeler : « Quelle industrie survivrait au pillage quotidien de sa production ? »






































