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Après un premier semestre compliqué, le marché du livre attend déjà avec impatience la rentrée littéraire

Lors du premier semestre, les ventes de livres neufs ont lourdement chuté, d’après NielsenIQ GfK. Résultat, la rentrée littéraire 2026, rendez-vous incontournable de l’industrie, prend une dimension plus capitale que jamais pour de nombreuses maisons d’édition.

Chaque rentrée littéraire n’a pas son pareil et celle qui s’annonce va intervenir dans une période très particulière pour le marché du livre. Entre janvier et juin, le secteur a affiché un lourd recul avec une baisse des ventes de 6,2 %, sur un an, à 123,6 millions d’exemplaires physiques neufs, selon NielsenIQ GfK. En valeur, la contraction est moindre (-5,4 %, à 1,56 milliard d’euros) en raison de l’effet prix, mais il s’agit là aussi du cinquième recul consécutif lors du premier semestre.

Comparée à même période sur l’année 2021 lors de laquelle l’industrie avait atteint son pic – portée par les multiples confinements qui avaient favorisé la lecture -, la chute en volume est supérieure à 20 %. Surtout, le marché est, pour la première fois, repassé en deçà des ventes pré-Covid puisqu’en 2019, plus de 128 millions de livres physiques neufs avaient trouvé preneur entre janvier et juin.

Forte volatilité

Sur cinq ans, seuls la littérature générale, le couple BD/mangas et les beaux-arts sont encore dans le vert en volume, quand tous les autres segments sont en décroissance, du parascolaire au tourisme-voyages en passant par l’Histoire. En valeur, le marché demeure cependant encore supérieur (+10 %) à la même période sur 2019 (1,42 milliard d’euros).

« La situation n’est pas totalement catastrophique puisque nous revenons à des volumes d’activités que l’on a déjà connus, pointe Muriel Beyer qui dirige Terre Neuve (L’Observatoire, Passés composés, Les Equateurs, Belin éditeur et Cercle ouvert), filiale du groupe Albin Michel. Mais il y a une très forte volatilité sur les ventes de certains livres et donc sur la situation économique de certains éditeurs. Et plus globalement, de nombreux signaux sont inquiétants sur le marché. »

Des difficultés protéiformes

Décrochage de la lecture chez les plus jeunes, nombreuses librairies en difficulté – des grandes enseignes aux plus petits établissements -, démembrement du Pass Culture, essor du livre d’occasion… : les difficultés du secteur sont protéiformes et s’entremêlent bien souvent. A celles-ci se superposent aussi une conjoncture économique morose et un contexte géopolitique très agité.

« Depuis le début de l’année, tous les mois sont en négatifs, mais il y a eu une grosse inflexion à partir du mois de mars avec une chute en volume de 7 % qui coïncide avec le début du conflit au Moyen-Orient et le retour de l’inflation qui a atteint un pic en mai. Ce qui a fait reculer de 10 % les ventes de poche, toujours plus sensibles à la variable prix », fait valoir Cécile Boyer-Runge, directrice générale des éditions Points (Média-Participations).

Un tremplin vers les prix d’automne

Cette année, la rentrée littéraire va donc prendre une dimension plus capitale que jamais. En tout, 461 nouveaux romans (français et étrangers) vont se présenter sur la ligne de départ de ce rendez-vous incontournable du marché français du livre, selon « Livres Hebdo ». Contre 484 l’an passé et 459 en 2024. En légère baisse cette année en raison de la moindre présence de livres étrangers, ce volume semble désormais stabilisé, très loin du pic de 700 livres, atteint à la fin des années 2000.

Bon an, mal an, la rentrée littéraire pèse pour plus de 10 % des ventes annuelles sur le créneau de la fiction moderne en grand format. Soit près de 50 millions d’euros.

Surtout, cette séquence braque les projecteurs sur le secteur et peut faire office de tremplin vers les prix littéraires d’automne à même de propulser les ventes d’un auteur. Depuis 2019, les livres récompensés par un Goncourt ou un Renaudot se sont vendus, en moyenne, à près de 400.000 et 200.000 exemplaires lors de leur première année d’exploitation.

Amélie Nothomb, Sonia Devillers, Aurélien Bellanger…

Fidèle habituée de la rentrée littéraire, Amélie Nothomb fera partie des titres les plus attendus avec « L’Adolescence du perroquet ». « L’Inconnue du quai de Javel » (Philippe Jaenada), « Le Fabuleux Piano » (Sonia Devillers), « Une histoire d’amours » (Serge Joncour), « JE » (Lilia Hassaine), « L’Architecte de Notre-Dame » (Aurélien Bellanger) ou « Hanoi stories » (Line Papin) seront aussi de la partie.

« Contrairement à l’an passé avec Emmanuel Carrère (‘Kolkhoze’) ou Laurent Mauvignier (‘La Maison vide’), cette rentrée littéraire est très ouverte. Il n’y a pas d’auteur bulldozer et ça va être un gros test pour le marché », note Muriel Beyer.

Deuxième foyer de revenus derrière la littérature générale et devant les livres pour la jeunesse, les BD ne disposeront pas, elles, de la locomotive Astérix (dont un nouvel opus sort uniquement les années impaires depuis 2013). Le segment pourra néanmoins compter sur un nouvel album de Gaston Lagaffe, « Des Boum et des Paf » qui sortira le 21 octobre.

« Avec la concentration accrue des ventes sur la fin de l’année, il est trop tôt pour faire les comptes. Tout se joue de plus en plus sur le mois de décembre, mais aussi sur les dix derniers jours avant Noël », pointe Cécile Boyer-Runge. D’où l’importance de partir à point dès la rentrée littéraire.

Lire : Les Echos du 4 août

Jean-Philippe Behr

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