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Plus d’un tiers du Web est écrit par des IA

L’article que vous allez lire a été écrit par un vrai humain. Plus si fréquent, comme le montrent de récentes études, s’inquiétant d’une explosion des contenus rédigés par des « robots ». Avec son lot de conséquences.

Human or not human. Telle est la question. Les contenus écrits par des « robots », et lus par des robots, ont explosé sur le Web. Précisément, plus d’un tiers des pages créées depuis fin 2022 – date du lancement de ChatGPT – sont potentiellement issues d’une IA, selon le Pew Research Center.

L’institut de recherche américain a passé en revue un demi-million de pages en anglais, via Common Crawl, en juillet, pour tenter de déceler des signes de l’intervention technologique. Verdict : sur l’ensemble de l’échantillon, 10 % laissent supposer qu’il y a la patte d’une IA. Mais, dès lors que l’analyse porte sur les contenus créés après l’irruption du robot conversationnel d’OpenAI, cette proportion monte à 35 % !

Les modèles emploient certaines tournures

L’étude ne peut certifier à 100 % que l’IA est derrière l’auteur, mais donne de forts indices sur l’intervention de ChatGPT, Claude et Gemini. A l’aide d’un modèle d’apprentissage automatique (machine learning), les chercheurs ont analysé les régularités du langage, en identifiant les mots, expressions et particularités linguistiques plus couramment employés par l’IA que par des humains. Par exemple, certaines règles typographiques et de ponctuation (comme les tirets cadratins etc.). Des termes tels que « delve » [creuser, approfondir], « interplay » [interaction] ou « testament » [témoignage] ont vu leur usage plus que doubler.

« Les modèles d’IA sont entraînés sur de vastes bases de données. Parfois, certains types d’écrits se trouvent surreprésentés au cours de ce processus d’entraînement. Par conséquent, les modèles finissent par employer certains termes, tournures ou spécificités linguistiques plus fréquemment que ne le font généralement les humains », expliquent les auteurs de l’étude.

Les articles écrits par des IA ont dépassé ceux des humains

Les sites se terminant en « .com sont davantage touchés que les sites « .edu » (pour les établissements d’enseignement) ou «  .org » (pour les organisations) ou «  .gov » (ministère, institutions étatiques, etc.).

Une autre étude, publiée par Graphite, agence spécialisée dans le référencement, portant, elle, sur les articles (comprenant les blogs, etc.), montrait aussi une envolée des papiers écrits par des robots : environ un an après le lancement de ChatGPT, les articles principalement générés par l’IA représentaient 35,9 % des articles publiés sur un échantillon en anglais, pour ensuite les dépasser (avec une part d’un peu plus de 50 %) fin 2025 ! En clair, il y a autant, voire plus, de papiers produits par ChatGPT, Claude, etc. que par de « vrais » humains.

Un chiffre globalement stable, qui pourrait s’expliquer « par le fait que les professionnels ont constaté que les articles principalement générés par l’IA ne performent pas bien dans les moteurs de recherche », souligne l’analyse, publiée en mai.

D’autres études, par ailleurs, montrent que les contenus sont de plus en plus lus par des « robots ». Selon Cloudflare (spécialisé dans le cloud de connectivité), le trafic lié aux bots (comprenant les bots de moteurs de recherche, les crawlers de l’IA, les bots SEO…) a dépassé l’activité humaine sur Internet en générant désormais près de 57 % de l’ensemble des requêtes Web.

Ecrire comme des robots

Cette surabondance des contenus IA est loin d’être anodine pour nous autres mortels. « L’IA ne réfléchit pas, elle utilise des statistiques, et peut ainsi appauvrir la complexité de la pensée », explique Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation à l’université Paris-Cité et directeur du LaPsyDE (CNRS).

Le risque : à force de lire des IA, on pourrait commencer à écrire comme elles, avec les mêmes travers, tels que « le fait d’accoler des synonymes pour éviter de trouver le mot juste. Le danger est que l’on perde de la précision, voire un appauvrissement de la langue », dit-il. Une menace d’autant plus forte que les AI slops (contenus de faible qualité) déferlent sur les réseaux sociaux.

Sans compter le fait que les IA hallucinent et peuvent diffuser de fausses informations, ou de vraies arnaques. Enfin, certains estiment qu’il y a des risques pour les modèles eux-mêmes, si le contenu généré par des machines dépassait celui des humains.

Lire : Les Echos du 27 août

Jean-Philippe Behr

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