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Hachette accélère dans sa décarbonation, avec un plan jusqu’en 2030

Le leader français de l’édition lève le voile sur un plan d’action qui va s’appliquer à l’ensemble de ses activités internationales. Hachette compte porter le fer dans la gestion de ses stocks, la réduction du taux de livres pilonnés, ainsi que sur son approvisionnement en papier.

Un nouveau chapitre s’ouvre pour la politique de décarbonation d’Hachette. Le leader français et numéro trois mondial de l’édition va lancer un plan visant à réduire de 30 % son empreinte carbone d’ici à 2030 à l’échelle de ses activités internationales. Intitulé « 30/30 », celui-ci a été élaboré avec le cabinet Carbone 4.

« Entre 2009 et 2021, nous avons réduit nos émissions en France de 20 %, notamment en déménageant notre siège social mondial dans un bâtiment certifié HQE [haute qualité environnementale, NDLR] tout en réduisant notre empreinte immobilière, expose Fabrice Bakhouche, directeur général délégué d’Hachette Livre. On a essentiellement agi sur l’infrastructure et le bâti. Ce nouveau plan va être international et mettra la décarbonation au coeur de notre activité en concernant notre manière de faire des livres. »

Si l’édition est loin de polluer autant que d’autres secteurs, le sujet n’en est pas moins en train de devenir central. En 2019, le bilan carbone de Hachette Livre, au niveau mondial, s’élevait à 530 kilotonnes d’équivalent CO2, selon le dernier rapport RSE du groupe. Soit l’équivalent des émissions annuelles de 55.000 Français, selon le think tank The Shift Project. « Hachette est l’éditeur français d’envergure qui a pris le plus d’avance sur ces thématiques », convient un rival.

Mieux anticiper les ventes

Avec ce nouveau plan, Hachette vise une réduction globale de 30 % du taux de livres pilonnés, de 26 % de l’intensité carbone liée à la production de papier, de 18 % pour ce qui est de l’intensité carbone des activités d’impression-façonnage et respectivement de 1 % pour le fret amont et de 1,5 % pour le fret aval. En tout, l’impression-façonnage, le papier et la surproduction représentent près de 70 % des émissions de l’éditeur tricolore.

« Le levier principal pour réduire la surfabrication va être l’optimisation de nos stocks. Nous équiperons chacune de nos maisons d’édition avec des logiciels capables de mieux suivre le parcours des livres, souligne Gaëtan Ruffault, directeur de la responsabilité sociale et environnementale d’Hachette Livre. La rupture de stock en ​librairie est la grande frayeur des éditeurs car ce sont des ventes que vous ne rattrapez jamais. Mais nous constatons que parfois des ordres de réimpression sont passés alors qu’il reste des livres non vendus encore dans le circuit. »

A l’instar des autres acteurs du secteur, Hachette réintroduit près de la moitié des retours invendus (représentant 20 % de sa production globale) dans le flux de distribution. Le reste est envoyé au pilon pour être recyclé. Afin de mieux piloter ses stocks, le groupe va aussi davantage se servir d’outils mâtinés d’intelligence artificielle pour mieux anticiper les ventes de certains titres. « Nous allons nous appuyer sur nos datas et ce qu’on appelle les ‘titres-miroirs’ pour mieux doser le tirage de livres ayant, peu ou prou, le même potentiel de ventes », note Gaëtan Ruffault.

Un coût financier « neutre »

Le groupe a de la matière pour faire tourner ses calculatrices prévisionnelles. En tout, Hachette publie près de 16.000 nouveautés tous les ans dans le monde. Le géant dit vouloir aussi ajuster ce volume à la baisse, sans le quantifier précisément. « Ce ne sera pas univoque. Nous n’allons pas diminuer le volume de BD ou de mangas qui sont en plein essor, mais un effort sera fait sur d’autres catégories de livres », détaille Fabrice Bakhouche.

Concernant l’approvisionnement en papier et la fabrication, Hachette s’engage à renforcer la prise en compte de critères environnementaux dans son choix de sous-traitants, des imprimeurs aux relieurs en passant par les papetiers. Combien « coûte » un tel plan de décarbonation ? « Cela ne constitue pas un risque financier, répond Fabrice Bakhouche. Cela va générer des dépenses supplémentaires mais avec une meilleure gestion des stocks et en optimisant notre production, le coût devrait être neutre. »

 

Lire : Les Echos du 21 décembre

 

Jean-Philippe Behr

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