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Italie : les kiosquiers italiens pour leur survie

Les ventes des journaux italiens reculent en moyenne de 10 % par an, et en quinze ans le nombre des kiosques est passé de 42.000 à 26.000 dans la Péninsule. Les Italiens s’informent de plus en plus sur internet et sont de plus en plus critiques vis-à-vis de la presse traditionnelle.

 

La crise de l’édition en Italie ne frappe pas que les librairies. La presse est également concernée avec, au cours de la dernière décennie, des chutes vertigineuses du nombre de copies vendues. Un recul de 10 % par an, qui concerne aussi bien les titres régionaux que les grands quotidiens nationaux.

 

La Péninsule était pourtant un pays traditionnellement à forts tirages avec des prix de journaux inférieurs à ceux des autres pays européens. Mais les études d’opinions se suivent et se ressemblent : les Italiens s’informent désormais de plus en plus sur internet et se montrent de plus en plus critiques vis-à-vis de la presse traditionnelle.

Chute de la diffusion

 

« Il Sole 24 Ore », le principal quotidien économique transalpin, qui était diffusé à environ 350.000 copies par jour, en vend désormais 47.000. Les 200.000 exemplaires quotidiens de « La Stampa » ont, eux, été divisés par deux.

 

D’après une étude de Mediobanca, en 2018 en Italie, 2,5 millions de journaux ont été vendus, soit un recul de 8,6 % comparé à 2017 et de 32,3 % comparé à 2014. Les éditions numériques des principaux quotidiens représentent dorénavant 13 % de l’ensemble des ventes, en hausse de 13 % en un an.

 

Et la presse italienne employait en 2018 plus de 11.000 personnes, soit un effectif réduit de plus de 14 % en quatre ans. Quant aux principaux groupes éditoriaux de la Péninsule, leurs pertes nettes s’élèvent à 678 millions d’euros entre 2014 et 2018.

« Nuit des kiosques »

 

Une crise de la presse qui accompagne – et amplifie – celle des kiosques qui la distribue. En quinze ans, leur nombre est passé de 42.000 à 26.000. En 2019, en moyenne, quatre kiosquiers ont cessé leur activité chaque jour. Six sur 10 réalisent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 10.000 euros. Depuis longtemps, ils vendent des souvenirs, cartes postales, jeux de hasards, recharges téléphoniques ou billets de transports pour améliorer leurs revenus.

 

Une diversification qui s’avère souvent insuffisante pour empêcher la fermeture des kiosques, y compris dans les centres commerciaux ou sur des places centrales de grandes villes. Récemment Piazza Statuto, en plein coeur de Turin, le dernier kiosque a disparu. Ils étaient quatre à cet endroit il y a tout juste dix ans. A Milan, ils sont passés de 900 à 480.

 

« Nous luttons pour notre survie », affirme le Si.Na.G.I. (Sindacato Nazionale Giornalai d’Italia). Une « nuit des kiosques » a ainsi été organisée le 29 janvier dans une quarantaine de villes du pays avec une ouverture jusqu’à 22h30 et une lanterne accrochée toute la nuit avec les enseignes restées allumées. Pour affronter la crise, certains sont devenus des débits de boissons, passée une certaine heure, vendent des fleurs, proposent des cafés ou ont noué des accords avec La Poste pour offrir la possibilité d’y retirer des colis.

 

Mais ce que demandent les kiosquiers est un soutien financier de la part des pouvoirs publics, avec des allègements fiscaux. Ils se sentent délaissés, comme dans le Latium où 3 millions d’euros ont été mis à disposition par la région pour « soutenir les lieux de culture en les aidant à affronter les défis de l’innovation », mais en n’insérant pas les kiosques dans la liste des potentiels bénéficiaires.

 

Lire : Les Echos du 5 février

 

Jean-Philippe Behr

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