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La Poste canadienne acte la fin de la distribution dans les boîtes aux lettres individuelles

Confrontée à l’érosion du courrier, à des pertes financières récurrentes et à une conflictualité sociale persistante, Postes Canada engage une nouvelle phase de restructuration soutenue par le gouvernement de Mark Carney.

Comme nombre de ses consœurs autour du monde, Postes Canada accumule les signaux d’alerte depuis plusieurs années. La chute structurelle des volumes de courrier, accélérée par la dématérialisation des échanges, fragilise le modèle économique de l’opérateur public. En parallèle, la croissance du colis, longtemps présentée comme un relais naturel, ne suffit plus à compenser l’effondrement du courrier traditionnel, historiquement le coeur de la rentabilité.

Cette fragilité financière se double d’une crise sociale récurrente. Grèves, menaces de débrayage et négociations difficiles avec les syndicats rythment la vie de l’entreprise. Dans ce contexte, l’exécutif canadien a décidé de reprendre la main sur un dossier devenu politiquement sensible.

Un constat brutal assumé par Ottawa

Le 27 septembre dernier, en marge d’une conférence de presse à Londres, le Premier ministre Mark Carney a justifié le virage engagé par Ottawa. « A l’heure actuelle, Postes Canada n’est pas viable, a-t-il lancé, alors que le conflit social se durcissait. Elle perd plus de 10 millions de dollars par jour. La situation doit changer. »

Deux jours plus tôt, le ministre Joël Lightbound, chargé de la transformation du gouvernement, avait officialisé le diagnostic dans un communiqué au ton inédit. Selon Ottawa, l’entreprise a accumulé plus de 5 milliards de dollars canadiens de pertes depuis 2018 (3,1 milliards d’euros).

Pour la seule année 2024, la perte a dépassé 1 milliard, et 2025 est annoncée « proche de 1,5 milliard ». Au deuxième trimestre 2025, Postes Canada a enregistré une perte de 407 millions, après une injection publique d’un milliard pour maintenir l’opérateur à flot.

Boîtes postales communes

Le plan de transformation acté par le gouvernement vise d’abord un poste emblématique. La livraison à domicile du courrier, encore maintenue pour environ un quart des ménages, doit être progressivement remplacée par des boîtes postales communes. Le dispositif s’accompagne d’un assouplissement des standards de transport du courrier non urgent, désormais davantage acheminé par voie terrestre afin d’économiser plus de 20 millions par an.

Autre chantier sensible, le réseau de bureaux. Le gouvernement lève aussi le moratoire de 1994 qui fige depuis trois décennies l’organisation des bureaux ruraux, soit près de 4.000 sites, et demande à Postes Canada de présenter un plan de modernisation. Pour une entreprise qui doit desservir un pays de 9,98 millions de kilomètres carrés, environ 18 fois la France métropolitaine, la question de la couverture territoriale reste politiquement inflammable.

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Les syndicats dénoncent une remise en cause du modèle social et du service public. Dans un communiqué, le syndicat des travailleurs et travailleuses des postes met en garde contre une organisation reposant davantage sur des emplois à temps partiel.

« La proposition de Postes Canada qui consiste à miser sur des travailleuses et travailleurs à temps partiel et à horaire flexible n’aidera en rien les efforts mis en place pour favoriser la confiance entre l’employeur et le syndicat, ni la rétention du personnel », écrit-il. Là n’est justement peut-être pas l’objectif recherché.

Lire : Les Echos du 13 janvier

Jean-Philippe Behr

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