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Le groupe de presse Ebra enclenche un vaste plan de départs

Le groupe de presse, propriétaire de neuf quotidiens régionaux, pourrait supprimer jusqu’à 10 % de ses effectifs dans le cadre d’un nouveau plan stratégique présenté ce lundi. Face à la baisse des ventes, la filiale du Crédit Mutuel dit vouloir renforcer son ancrage local et rajeunir ses audiences.

C’est la plus vaste réorganisation de l’histoire récente de la presse quotidienne régionale (PQR). Editeur de neuf quotidiens (« L’Est Républicain », « Le Progrès », « Les Dernières Nouvelles d’Alsace »…), le groupe Ebra s’engage dans un vaste remodelage stratégique, qui passera par la suppression d’environ 400 postes, et la création de 68 autres. Au total, le groupe qui emploie 3.200 personnes devrait voir ses effectifs réduits de 10 %.

« Comme l’ensemble du secteur de la presse, Ebra fait face à la baisse des ventes papier, à l’évolution des usages de l’information et à la pression des plateformes numériques sur les revenus publicitaires », constate lundi dans un communiqué la filiale du Crédit Mutuel.

Chute des ventes papier

Depuis dix ans, les ventes papier de la presse ont été divisées par deux. Mais alors que les quotidiens nationaux dans leur ensemble ont compensé ce phénomène avec la croissance des abonnements en ligne, « la PQR est très en retard et se retrouve sur une pente glissante », s’alarme Jean-Clément Texier, banquier d’affaires et fin connaisseur des médias.

Dans ce contexte, après une perte opérationnelle de 10 millions d’euros en 2025, Ebra, qui vend en moyenne un peu plus de 650.000 exemplaires de ses journaux chaque jour, annonce une nouvelle stratégie à horizon 2030. Objectif : « Rester un groupe de référence de l’information locale de qualité ». Sa présidente, Sophie Gourmelen, s’est fixé quatre priorités : renouvellement éditorial, rajeunissement des audiences, diversification des revenus et « évolution » de l’organisation.

Recapitalisation

Selon nos informations, le Crédit Mutuel accompagne la transformation d’Ebra avec une recapitalisation de 130 millions d’euros, après 458 millions déjà mobilisés en 2023. La réduction des effectifs se fera via un plan de départs volontaires, en particulier dans les équipes de rédaction, impression, studio graphique, etc. De source syndicale, une centaine de personnes seraient concernées par le plan, parmi les journalistes. En parallèle, les créations de postes sont prévues, essentiellement à la rédaction.

Ebra annonce un recours à l’IA pour « simplifier les tâches d’éditing et de relecture » (propositions de titres, vérification, aide à la rédaction pour les correspondants de presse, etc.). Une mise en page automatique, avec l’IA, doit accélérer la fabrication des journaux imprimés.

L’idée est de permettre aux journalistes de dégager plus de temps pour les enquêtes et les reportages, mais aussi de faire émerger plus facilement des infos locales à « résonance nationale », selon la direction.

IA et mise en page automatique

Mais l’inquiétude se fait sentir, côté salariés. Même s’ils ne sont pas rétifs à l’innovation, « quand on commence à mettre de l’IA pour faire des maquettes, on touche au sens journalistique. La crainte est que cela aille plus loin, et que l’on perde de l’originalité, de la réflexion », note Agnès Briançon, déléguée syndicale SNJ.

Chaque rédaction du groupe Ebra va se doter d’un « pôle news » et d’un « réseau d’experts ». Et un directeur des rédactions sera nommé pour garantir la mise en oeuvre de la stratégie. « Les mutualisations vont naturellement dans le bon sens parce qu’Ebra fonctionne encore largement comme une fédération de principautés, estime Jean-Clément Texier. Mais ces mesures restent insuffisantes. »

Pour tenter de séduire de nouveaux publics, le groupe basé à Strasbourg va également accélérer sur le front des formats vidéo et audio. Il mise aussi sur l’événementiel, les services aux entreprises dans les territoires et les publications tech (Frandroid, Numerama, Clubic) pour accélérer la diversification des revenus. Face à l’éparpillement de ses audiences, Ebra va enfin lancer un nouveau site web commun aux neuf titres.

Lire : Les Echos du 22 juin

Jean-Philippe Behr

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