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Les éditeurs belges présentent les chiffres-clés du secteur du livre

Les Instances d’avis du secteur des Lettres et du Livre en Fédération Wallonie-Bruxelles avaient lieu ce 17 juin 2019 au Gouvernement de la FWB.

 

L’occasion pour le Service général des Lettres et du Livre de présenter son rapport d’activité 2018, ainsi que les rapports d’activité des Instances des Lettres et du Livre.

Lors de ces Instances d’avis, l’ADEB (Association des Editeurs belges) a présenté les chiffres-clés du secteur du livre en langue française. Ce rapport a été réalisé, d’une part avec les déclarations des éditeurs belges de langue française de l’ADEB et d’Espace Livres et Création, d’autre part avec une enquête commandée par le PILEn et réalisée en mai 2019.

 

Le marché du livre en Belgique : l’influence française

 

Premier constat : le marché belge du livre francophone demeure hors radar ; des opérateurs comme Amazon ou le Furet du Nord capteraient entre 18 et 20% du marché belge, mais aucune donnée complète ne permet actuellement de l’étayer.  Ce pourquoi l’ADEB se base notamment sur les synthèses économiques du livre en France. Par ailleurs, si les chiffres de l’emploi dans l’édition sont connus de l’ADEB, ce n’est pas le cas des chiffres de l’emploi dans la librairie ou chez les auteurs.

 

En Belgique, le marché du livre en français se caractérise aussi par un aspect très local ; de nombreux ouvrages scolaires et juridiques sont faits par des éditeurs belges pour des lecteurs belges. Parallèlement, c’est aussi un marché très perméable aux productions et tendances françaises ; on estime que 70% de ce qui est vendu en librairie est importé de France.

 

Enfin, le marché du livre est traditionnellement tiré par des best-sellers ; en 2017, le nouvel album d’Astérix s’est vendu à 1,6 million d’exemplaires. Les chiffres du secteur s’en sont ressentis, car les clients se rendant en librairie pour acheter Astérix en profitent par exemple souvent pour acheter d’autres ouvrages. Comme le rappelle l’ADEB, 2018 est une année sans nouveau Astérix ou autre best-seller hyper porteur. Conséquence : hors inflation, le chiffre d’affaires 2018 est en baisse de quelque 1% (-2,5% inflation comprise).

 

Ventes de livres : la bande dessinée en locomotive, les dictionnaires en wagon de queue

 

Ceci posé, on observe sans surprise une progression des ventes sur Internet en 2018 : +2% de valeur pour les librairies de niveau 2 (avec ventes sur internet) contre -1% à -2% de valeur pour les librairies de niveau 1 (sans ventes sur internet). Sur les 10 dernières années, les librairies de niveau 1 perdent 20% à 25% de valeur, contre 25% d’augmentation de valeur pour les librairies de niveau 2.

 

Par catégorie d’édition, comment ces ventes sont-elles réparties ? La bande dessinée et la littérature jeunesse tirent le secteur, ainsi que les livres scolaires et juridiques comme précisé plus haut : +1% à +2%. Toutes les autres catégories éditoriales sont en baisse de 3% à 4% globalement, avec des différences parfois marquées : sur les 10 dernières années, on observe que la BD gagne 34% de valeur et la littérature jeunesse 17%, faisant office de locomotive pour le monde de l’édition. Sur le même laps de temps, la littérature générale perd 2%, tandis que les catégories éditoriales en concurrence directe avec les contenus numériques gratuits s’écroulent (-18 à -44% pour les dictionnaires, les atlas, etc).

 

L’ADEB note aussi une tendance des lecteurs à consommer, d’une part davantage les livres de deuxième édition (livres de poche), d’autre part un moins grand nombre d’auteurs (concentration des auteurs dits à succès).

 

Le livre en Belgique : la BD s’exporte bien, l’édition numérique pèse lourd

 

La production de livres des éditeurs belges francophones, qui englobe les ventes papier, les ventes numériques et les ventes de droits, s’avère globalement stable. A y regarder de plus près, on note que les cessions de droits sont en forte baisse, une baisse compensée par l’augmentation des ventes de livres papier (toutes langues confondues, 195 millions d’euros en 2018, contre 192 en 2017) et la stagnation de ventes de livres numériques (à 65 millions d’euros). A ce sujet, le cas de la Belgique est particulier car le marché est porté par (voire dépendant de) l’export : les bandes dessinées belges représentent 52% du chiffre d’affaires du livre belge en langue française. Et ces BD ont beaucoup d’amateurs à l’étranger : 88% de notre production de BD est exportée. En 2018, 65% de notre production toute catégories éditoriales a été exportée (59% en 2015). Parallèlement, l’édition numérique belge représente 25% du chiffre d’affaires, portée notamment par les codes juridiques internationaux, contre 10% du chiffre d’affaires en France.

 

Profil type du lecteur belge francophone

 

En parlant de marché du livre, qu’il soit papier ou numérique, il faut garder à l’esprit le contexte de l’alphabétisation, même en Belgique. Ainsi, on estime que plus de 15% des Belges francophones peuvent être considérés comme des illettrés réels. Ceci étant, 85% des Belges francophones se considèrent comme lecteurs mais 36% de ces 85% ne lisent pas de livres papier. Ce qui fait que 54% à peine de la population belge francophone consomme du livre papier ; parler du marché du livre en Belgique francophone, c’est commencer par parler d’un Bruxellois et d’un Wallon sur deux.

 

Ceci étant, l’ADEB relève une diversification des pratiques, une fragmentation des profils, susceptibles de mettre à mal le modèle économique d’acteurs du secteur, souvent petits.

 

Les lecteurs exclusifs de livres papier sont en baisse, à 42% (6% de lecteurs exclusifs de livres numériques). Par ailleurs, les lecteurs de livres numériques lisent de moins en moins sur laptop ou tablette (74% cumulés contre 83% en 2017). A ce titre, le PDF est, à 59%, en perte de vitesse par rapport à d’autres formats ; le profil type du lecteur est de plus en plus hybride quant au support ou au format utilisé. On note par ailleurs que le numérique fait lire davantage (un lecteur sur quatre lisant du numérique l’affirme).

 

On peut aussi souligner que 60% des livres papiers lus ont été achetés par leur lecteur, les 40 autres pourcents consistant en des échanges, des prêts, etc. Les livres numériques lus n’ont été achetés qu’à 45% par leur lecteur, les ouvrages circulent donc davantage (le téléchargement illégal de livres numériques est estimé à 55%).

 

Les livres papiers sont principalement achetés dans les librairies physiques et les grandes surfaces spécialisées, tandis que 67% des livres numériques sont achetés sur Amazon (64% en 2017), Librel, portail des librairies indépendantes, est à 5% de parts de marché. Dans un contexte où les opérateurs numériques étrangers prennent une place de plus en plus importante, l’ADEB estime utile de s’interroger sur un potentiel risque de dépendance des acteurs belges au bon vouloir de plateformes multinationales, pouvant bloquer le contenu, et donc les débouchés de l’édition, d’un simple clic.

 

Dernières observations notables : le budget disponible pour la lecture papier est stable, à 128 euros par an et par lecteur. Elle augmente pour la lecture numérique, à 88 euros contre 70 euros en 2017.

 

Lire : PILEn du 17 juin

 

Jean-Philippe Behr

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